Miserere
À lire 23 septembre 2009 2:21
« Le cri était prisonnier des orgues.
Il sifflait dans les tuyaux. Résonnait dans toute l’église. Atténué. Feutré. Détaché. Lionel Kasdan fit trois pas et demeura près des cierges allumés. Il observa le choeur désert, les piliers de marbre, les chaises revêtues de skaï, couleur de framboise sombre.
Sarkis avait dit : « En haut, près de l’orgue. » Il pivota et se coula dans la spirale de pierre qui monte jusqu’à la tribune. À Saint-Jean-Baptiste, l’orgue a une particularité : ses tuyaux trônent au centre, comme une batterie de lance-missiles, mais son clavier se tient à droite, dissocié, formant un angle perpendiculaire avec le buffet. Kasdan avança sur le tapis rouge, longeant la rambarde de pierre bleue.
Le corps était coincé entre les tuyaux et le pupitre du clavier. Allongé sur le ventre, jambe droite repliée, mains crispées, comme s’il était en train de ramper. Une petite mare noire auréolait sa tête. Partitions et livres de prières se répandaient autour de lui. Par réflexe, Kasdan regarda sa montre : 16 h 22.
Un instant, il envia cette mort, ce repos. Il avait toujours cru qu’avec l’âge, il ressentirait une angoisse, une appréhension intolérables à l’égard du néant. Mais c’était le contraire qui s’était produit. Au fil des années, une impatience, une sorte d’attirance magnétique pour la mort était montée en lui.
La paix, enfin.
Le silence de ses démons intérieurs. »
Miserere, par Jean-Christophe Grangé, éditions Albin Michel, 528 pages.
Prix : environ 34,95 $.

