Archives de : octobre, 2007

La langue et les accomodements

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Que la population s’exprime sur la place de la religion, sur les us et coutumes des nouveaux arrivants, sur le multiculturalisme canadien et l’interculturalisme québécois, sur les foulards, les voiles, le couvre-tête juif, les aliments cacher ou hallal, c’est une bonne chose. Bravo ! Qu’on se demande en public jusqu’où tout cela nous mènera, c’est louable et utile.

Que cela fasse sortir les racistes du placard, ça fait partie du ‘deal’. Qu’il y ait des racistes et des xénophobes au Québec, c’est normal, il y en a partout. Pas plus ici qu’ailleurs, et certainement pas plus au Québec que dans le reste du Canada, n’en déplaise au Globe and Mail, (ancien ‘home’ de Jan Wong - d’où elle a été virée, mais en douce, pour ses propos racistes sur le Québec après Dawson.)

Les politiciens et politiciennes par contre me scandalisent dans cette affaire. Quel opportunisme de bas étage. Et je nomme en premier les Libéraux qui ne pouvaient pas attendre le rapport de la Commission pour décréter que le droit à l’égalité entre les hommes et les femmes prendrait le dessus au Québec sur la liberté de religion, courtoisie de la réflexion profonde des féministes d’État, les croisées du Conseil du Statut de la femme.

Dans une Charte de droits et de libertés, il ne peut y avoir de hiérarchie des droits. C’est antinomique. On ne peux pas être plus ou moins protégé selon son sexe ou sa religion ou sa couleur de peau. La liberté de religion dans le respect des lois d’un pays ne peut être limitée par un autre droit. C’est pas juste moi qui le pense, l’ONU aussi.
Imaginons un instant que le Québec veuille interdire le port du voile dans les endroits public en invoquant l’égalité des hommes et des femmes, je vois tout de suite les femmes intenter des recours, invoquant leur droit de libre expression au nom de la même égalité…

J’en viens à la langue. Si je suis ulcérée par les Libéraux, je le suis encore plus par Madame Marois. Après nous avoir dit que le PQ mettait l’option indépendance en veilleuse parce que le peuple n’en voulait pas pour le moment, voilà qu’elle profite de la Commission pour créer de toutes pièces une nouvelle crise linguistique qui n’existe pas. Comme si le peuple avait souhaité cela en échange.

Qu’est-ce que le français vient faire dans les accomodements raisonnables ? A part les accomodements qu’on accorde aux étudiants  et à certains professeurs dans les institutions d’enseignement du Québec et même les meilleures.  Il y a dans ma famille des gens qui ont fait leurs études à Brébeuf et qui savent à peine écrire un français correct. La vraie crise du français au Québec, c’est ça. Avant de forcer les immigrants à ‘maîtriser’ la langue en trois ans,  je suggère qu’on force tous les enseignants à le faire. Comment oublier cette récente chronique de Pierre Foglia au sujet d’un prof qui enseigne qu’au Québec on dit et on écrit ‘toutte’ et pas ‘tout’.

Permettez-moi d’être en profond désaccord avec Me Guy Bertrand: il n’y a aucun lien entre les deux. La preuve est facile à faire et tous les chroniqueurs l’ont soulevé: l’imam déporté en Tunisie et qui faisait la promotion de la loi islamique au Québec parle et écrit un français impéccable. En fait, les islamistes du Maghreb qui vivent chez nous, les purs et durs, une minuscule minorité, parlent TOUS un français impéccable. Mieux que nous ! Or, c’est à cause d’eux qu’on se retrouve en plein marasme. Pas à cause de Sako Koivu !

C’est n’importe quoi. C’est électoraliste. On est en plein concours de pâté chinois. C’est à qui cuisine la meilleure bouillie québécoise.

Et Super Mario dans tout cela ? Il aura eu au moins le mérite de ne pas se servir de la Commission pour se faire du capital politique: il l’a fait avant. C’est mieux. Ou après. Pas pendant: c’est un détournement d’opinion publique. Mais c’est lui qui a jetté de l’huile sur le brûlot de Hérouxville…

Et lorsqu’on propose à un peuple de se draper du ‘nous’, je tremble. Le ‘nous autres’, c’est une machine à opprimer ‘eux autres’. Il ne manque que des têtes brûlées et des circonstances économiques difficiles pour que tout dégénère. Et ça va si vite. Parlez-en aux Bosniaques. Quand on propose de ‘forcer’ qui que soit à faire quoi que ce soit, je me tire, je me barre.

Et si jamais la proposition d’une citoyenneté québécoise prenait racine (ce qui est impossible sans pays), rappelons-nous l’article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme:

Burundi, 2005. Photo ONU 66842 par Martine Perret

1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis.

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Une dernière observation: il n’y a que les sociétés riches pour créer des crises là où il n’y en a pas. Et j’ajouterais ‘des sociétés riches et irresponsables pour créer des crises artificielles tout en refusant d’agir pour régler celles qui existent déjà.’

L’environnement, par exemple.

Cachez ce voile

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Il y a quelques semaines, j’étais de passage en Espagne. A l’aéroport Barajas de Madrid, en attendant mon vol de retour, j’ai croisé un groupe de soeurs religieuses. Manifestement des Espagnoles. Avec leur robes à mi-mollets et des voiles qui frôlaient leurs épaules en couvrant entièrement les cheveux , elles me transportaient vers mon enfance. J’étais de retour au Pensionnat d’Hochelaga, au couvent Sainte-Rose-de-Viterbe. Où j’ai été très heureuse.

Et je me disais qu’au pays du ‘cachez ce voile que je ne saurais voir’, on serait à la veille de leur demander de l’enlever avant d’enseigner.

Parce qu’un voile, c’est un voile. On ne peut pas dire oui aux catholiques et non aux musulmanes.

A moins bien entendu que le chat ne sorte enfin du sac: c’est le voile islamique qui dérange, pas le voile porté par quelques religieuses québécoises qui le font encore. Mais ça, par rectitude politique, personne n’ose le dire.

Pourquoi le voile islamique nous dérange-t-il autant ? N’est-ce pas qu’un simple bout de tissu ? Pour certaines, une mode même car la religiosité n’est pas kétaine pour tout le monde.

Un bout de tissu oui, mais comme le voile des soeurs religieuses, il signale aussi l’appartenance à un groupe religieux. Comme le voile des soeurs religieuses, il indique aussi la soumission à des lois divines dictées et appliquées par des hommes. Un signe religieux ostentatoire qui marque une séparation avec la société civile. Tout vrai, mais on peut dire la même chose des vêtements de tous les clercs de l’Église, des rabbins orthodoxes, des moines bouddhistes. Quand le Dalai Lama se pointe à Ottawa, il ne porte pas un costume trois pièces avec une cravate Hugo Boss. Les moniales qui le suivent portent elles aussi la robe saffran, signe de soumission à une religion, à un leader religieux.

Personne ne lui demanderait de se départir de son costume religieux ostentatoire avant de s’adresser au Parlement. Et s’il vivait chez nous, il serait une méga-vedette, comme il l’est partout dans le monde (sauf en Chine où il est haït comme nous haïssons Bin Laden). Ici, on le vénère comme un homme de paix, de bonté. Un intégriste du bien. Dans ces conditions, il peut bien porter ce qu’il veut !

Alors que les musulmans, les juifs intégristes… qui sait, n’est-ce pas ? 11 septembre, les Palestiniens…

Autant que je ne rate aucune occasion de dénoncer l’Islam politique, le foulard islamique ne me dérange pas. La burqa et autres variations qui couvrent le corps et le visage au complet, c’est une prison mobile pour les femmes. Je suis contre. Et dans une société de droit, on ne se cache pas le visage en public, à moins d’être un gangster.

Au pire, le foulard, c’est un signe identitaire agressif, je le reconnais.

Mais ce n’est pas en faisant tout un plat de ce voile qu’on va calmer les esprits islamiques portés à l’agression. Qui creuse le fossé en mettant le voile au banc de accusés ?

Au mieux, c’est une forme d’affirmation féminine.

L’argument féministe contre le voile ? Oui, sur papier. Mais que faire de ces femmes qui affirment porter le voile par choix personnel ? Ce ne sont pas toutes des idiotes. La conviction religieuse n’est pas un signe d’aliénation mentale, la pratique religieuse non plus. Que certaines femmes se couvrent la tête ne remet nullement en question l’égalité des hommes et des femmes au Canada.

Reléguer les Musulmanes pratiquantes en marge de la société est la pire chose qu’on puisse faire si on souhaite leur intégration. Des petites filles jouent au soccer avec un foulard sur la tête, c’est nettement mieux que des petites filles à qui ont interdit de jouer au soccer parce qu’elles portent un foulard sur la tête.

Imaginons ce scénario. Une famille d’immigrants déménage à côté de chez vous. Madame est sympa, elle vous dit bonjour, elle vient vous porter un petit plat de son pays de temps en temps. Elle demande toujours des nouvelles de vos enfants. Vous lui parlez que vous vous apprêtez à visiter son pays d’origine. Le lendemain, elle vient vous porter une liste de noms des membres de sa famille qui adoreraient vous recevoir chez eux. ‘Vous serez reçus comme des membres de la famille.’ Vous savez qu’elle dit vrai: dans son pays, l’hospitalité, c’est sacré.

Or, elle porte un voile.

Oubliez l’histoire de la famille qui vient de déménager, la femme que je vous décris, c’est ma femme de ménage. Chaque jeudi, son mari et elle (vous avez bien lu) s’attaquent à la saleté dans maison. Une maison avec une mezzuzzah juive sur la porte d’entrée, une collection de candélabres juifs dans le salon et une bibliothèque de livres religieux à l’étage. Il nous arrive de parler religion ensemble.

Et elle enlève son foulard pour faire le ménage, parce que c’est pas commode.

Ça, monsieur madame, ça s’appelle des accomodements très très raisonnables.

Un Québec en délire

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Je m’y mets. Cette semaine, je vais parler accomodements, identité, droits de la personne. Des sujets que j’ai évité à ce jour parce que:

a) j’ai l’impression d’avoir insulté la moitié des lectrices de Châtelaine avec mon billet sur Le Secret, si j’en juge l’abondant courrier reçu. Alors, je donne un moment de répit avant de retremper ma plume dans une autre plaie - pour paraphraser le grand journaliste français Albert Londres.

b) quand le délire envahit le discours, le rationnel n’a pas bonne presse. S’immiscer dans la conversation actuelle, c’est risquer d’être incompris parce que les grilles d’analyse sont déformées par les préjugés, les ‘qu’en dira-t-on’, les ‘mon beau-frère m’a dit que…’, les légendes urbaines et rurales et surtout la colère qui gronde.

c) Comme dit mon ami, le journaliste et recherchiste Claude Marcil, ‘mieux vaut mourir incompris que de passer sa vie à s’expliquer’.

Mais je vais en parler parce que c’est ma job mais aussi dans un vague espoir d’aider à calmer les esprits. Il y a des choses qui se disent au Québec depuis peu que je n’aurais jamais de toute ma vie pensé entendre. C’est comme si la Commission Bouchard-Taylor avait ouvert les vannes d’un racisme latent. Comme si un certain Québec s’était donné le droit de dire n’importe quoi et de passer au Téléjournal pour son effort et de voir les politiciens redoubler d’efforts pour assouvir la populace en colère.

MARDI: Cachez ce foulard que nous ne saurions voir.

MERCREDI: Qu’est-ce que la langue vient faire dans les accomodements ?

JEUDI: Les femmes plus égales que le reste de l’humanité ?

VENDREDI: La croix et la bannière politique

Pour ce soir, si vous l’avez raté, la chronique de Lysiane Gagnon dans La Presse de samedi, parce qu’il vaut mieux en rire…

New York New York

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Je suis à New York pour le weekend. Tout d’abord pour le travail mais comment ne pas profiter de cette ville si extraordinaire, si folle, si démesurée ?

Hier soir je suis allée manger avec des amis new yorkais, très Upper East Side, au restaurant français Le Refuge sur la 82e. Un excellent resto parisien qui, raconte l’histoire, était un préféré de Jackie Kennedy qui en avait fait sa cantine. Aujourd’hui, on y trouve régulièrement Kim Catrall, la Samanatha de Sexe à New York. Et cet ami, un auteur, designer, écrivain qui a réussit et que tout le monde semble connaître ici.

Car les New Yorkais ne mangent pas à la maison. C’est pourquoi la ville est remplie de petits restos de quartier dont la qualité varie selon le revenu moyen des habitants du coin. Or le Upper East Side, c’est très upper income, le quartier aussi des artistes, écrivains, intellectuels qui ont réussi.  Outremont à la puissance 10. Donc les restos sont à l’avenant. Mais c’était très bon, véritablement français, et pas cher pour New York. Et très joli décor ‘faubourg’.

Aujourd’hui, je travaille une partie de la journée, ensuite je me transforme en New Yorkaise: I am going shopping !

Autre sujet: mon toutou, Sir Ben de l’Ordre du bon chien-chien en est  à son 4e traitement de radiothérapie (oui, ma fille Ingrid le conduit à Boston une fois par semaine - le traitement n’est pas disponible au Québec et Boston c’est plus près que l’Université de Guelph en Ontario - ) Et il va beaucoup mieux. Il voit son oncologue (oui !)  aujourd’hui et je prie pour que ce ne soit pas une illusion d’espoir et que la tumeur se résorbe comme prévu.

Aimez-vous Languirand ?

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Pour certains, pour plusieurs dirais-je, le rendez-vous du dimanche soir c’est avec Guy A. Lepage. Pas pour moi. Mon rendez-vous du dimanche soir, c’est avec Jacques Languirand à la Première chaîne de Radio-Canada.

Dieu sait que je ne fais pas tellement dans l’alternatif, le néo à gogo, les âges nouveaux. Facile de coller Languirand à tout cela mais il est plus grand que toutes les petites catégories faciles dans lesquelles on pourrait avoir envie de le caser.

Quel bel esprit ! Et ce rire. Ce rire unique.

Par 4 chemins, le titre de l’émission, en ondes depuis 32 ans, c’est un rare lieu de réflexion ludique. Trop souvent, penser équivaut à se prendre la tête et à s’emmerder. Mais jamais avec lui. Ses chemins sont trop sinueux, trop imprévisibles. Trop audacieux. Même quand je ne suis pas d’accord avec lui, je sens la qualité de sa recherche, de sa réflexion. Il ne dit jamais n’importe quoi.

Il y a des années-lumières, j’ai fait un voyage au Mexique avec lui dans le cadre d’un congrès touristique. Je pense que je n’ai jamais autant ri de ma vie. Ou si. L’autre fois où j’ai autant ri, c’est avec Pierre Bourgault en Italie en 1986. Un autre avec qui penser était une fête.