Dimanche
Tous 1 février 2009 7:24Yé! Quelques petites phrases lancées vite par manque de temps (c’est l’histoire de ma vie, ça…) la semaine dernière (Parap) et vous voilà bien allumés. Vous m’en voyez ravie. Je suis, comme vous à ce que je vois, régulièrement choquée par des anglicismes, barbarismes et autres horreurs, mais je me dis toujours «calme-toi, l’erreur va se corriger d’elle-même» ou encore «t’es donc grincheuse, la langue évolue, c’est normal». Mais non, les erreurs ne se corrigent jamais d’elles-mêmes et l’évolution de la langue ne naît pas de sa torsion mais de l’enrichissement de la pensée.
J’ajoute vos commentaires, les mots qui vous hérissent, à ma collection. Liza, vous me demandez d’expliquer les anglicismes que je dénonçais ? Cliquez sur Commentaires.
On est dimanche. Dans ma tête, dimanche rime avec blanche. Journée blanche. Comme une page à noircir de mots, de dessins oiseux, de plans ou de listes. Comme une grande lumière aussi, qui éclaire sans indulgence les jours derrière et vous aveugle quand vous regardez devant. Blanche comme l’ouate dans les oreilles qui vous fait toute molle en dedans, comme la crème rajeunissante-anti-tout qui vous fait la peau toute fraîche, comme le coton velours tout doux de ma robe de chambre, comme le nuage rond de petits anges tout nus qui font semblant d’être innocents. Blanche comme l’absence, la liberté, l’espace et l’aube. Bref, le dimanche je me dis que je peux tout faire, que je suis au début du monde. Alors, la plupart du temps, je ne fais rien du tout. Et le monde tourne sans moi. C’est aussi bien.
Y a quelque chose d’intéressant concernant le mot «dimanche» - on dirait une orchidée éclatée au bout d’une longue tige de di, vous ne trouvez pas? Tiens, il m’arrive à la mémoire une devinette (elle se trouvait dans un livre de papa, que j’ai perdus - le livre et le papa). «Quel jour commence comme les autres finissent?» Fin de la réminiscence.
Oui, intéressant. Tous les jours de la semaine font référence à un dieu (ou à un astre) : Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne. Pas dimanche. C’est le jour du Seigneur, avec un grand S. Mais au début, c’était le jour du seigneur, avec un petit s, c’est-à-dire du maître de maison (domus), puis du domaine: dominus. Sa femme, c’était la domina, la dame. C’est de cette forme féminine qu’est né le mot français.
En somme, le dimanche, c’est le jour de la dame de la maison. Eh bien c’est comme ça que je me sens le dimanche. Une dame en blanc, une sorte d’entité flottante, hantant son domaine terrestre.

Photo : nikkita
P.S.: Des nouvelles de ma résolution. Elle ne va pas très bien. Elle a travaillé fort presque deux jours, les 26 et 27. Le 28, elle s’est épuisée. C’est tuant, d’être une résolution. Pauvre petite. Je la soigne et la remet sur pied.


Hélène Matteau a écrit :
1 février 2009 à 19:29
À Liza et à tous ceux que ça intéresse:
«Je vais vous partager mon secret.»
En français, on ne partage pas une personne (sauf bien sûr en cas d’échangisme !) Mais on peut lui faire part de son secret.
«Je suis tout à fait confortable avec ça»!
En français, les gens ne sont pas confortables (sauf s’ils ont le corps, disons, agréablement douillet…). Ils sont bien, ils sont à l’aise. Ce sont les choses qui peuvent être confortables.
«Bon matin!»
Radio-Canada, il y a quelques années, a lancé une émission télé intitulée Bon matin. L’«ayatollah» Guy Bertrand, en réponse à plusieurs auditeurs, avait patiné en expliquant que rien ne s’opposait au fond à ce qu’on se souhaite un bon matin. On dit bien Bonsoir. Sauf que l’expression est tout à fait superflue, elle ne comble aucun manque, «bonjour» faisant parfaitement l’affaire, et elle est apparue comme ça, spontanément, un bon matin. Pour rien. Juste pour faire friendly.
«Copie-moi donc en même temps!»
En français, copier une personne, c’est l’imiter. Mais on peut lui envoyer une copie d’un document, cependant.
«Qu’est-ce ça dit, les chiffres du mois dernier versus ceux de ce mois-ci ?»¸
Versus, en français, signifie «en opposition», «contre». Même chose en anglais, sauf qu’il veut dire aussi «en comparaison», «par rapport à». C’est ce sens de versus qui est fautif en français.
ymarcoux a écrit :
1 février 2009 à 21:04
Les langues germaniques (dont l’anglo-saxon) font référence au soleil pour identifier le jour de la semaine, qui est notre dimanche (Sunday, Zontag, Sonntag). Le français fait référence au jour du Seigneur, comme vous le mentionnez, ainsi que le russe qui utilise le mot “résurrection” (voskréssiénié)pour désigner ce jour de la semaine (le même mot que celui utilisé pour le jour de Pâques). J’aimerais bien savoir ce qu’utilisaient nos ancêtres les Gaulois pour nommer cette journée. Je parierais qu’eux aussi devaient faire référence au soleil.
Liza a écrit :
2 février 2009 à 9:53
Merci Hélène
Je comprends les subtilités que vous m’avez apprises. Merci encore et veillons sur cette belle langue si riche et subtile… et qui est parfois compliquée!
ymarcoux a écrit :
2 février 2009 à 13:37
Bon bien, contrairement aux Romains, il semblerait que nos ancêtres les Gaulois ne nommaient pas les jours, mais faisaient juste les compter entre deux lunaisons.
Mais ce que je signalais plus haut est quand même étrange: que certains peuples aient gardé l’usage paien de nommer tous les jours de la semaine (y compris le dimanche) selon les astres, et que d’autres aient remplacé le jour du soleil par celui du Seigneur, à cause de l’influence de la religion (France, Italie, Portugal, Espagne, Russie vs les pays anglo-saxons, germaniques et scandinaves).
P.Matteau a écrit :
5 février 2009 à 10:19
Je grinche souvent des dents et fais la moue lorsque certaines personnes utilisent le terme versatile au lieu de polyvalente…ce mot est effectivement français (de là sans doute l’erreur), mais signifie (cf. Le Petit Robert) changer souvent d’opinion; exposé à des revirements soudains. Ce terme est donc péjoratif en français mais, en anglais il se traduit par polyvalente…
J’oubliais…on doit dire DE prime abord et non À prime abord !! J’en frissonne souvent !!!