Je n’allais pas ne pas parler d’Obama, vous pensez bien. Comme plein de gens, j’ai passé la soirée du mardi 4 novembre devant la télé. Et, terminé le discours du vainqueur, je suis allée dormir, l’inspiration au coeur.
Quel discours ! Zéro langue de bois. D’une clarté telle que même moi, dont le bilinguisme zozote, titube et tremblote, j’ai à peu près tout compris.
Pas de mots songés ni savants. Pas d’idées abstraites. Mais des histoires, des portraits, des termes concrets, des réalités universelles (la famille, les émotions, les rêves, le travail). Tout le monde, même les non-Américains, pouvait s’y reconnaître. Chaque phrase comme un petit tableau vivant.
Un exceptionnel orateur.
Mais qu’est-ce que c’est, au juste, qu’un «orateur» ? Le mot est bien plus subtil qu’il n’y paraît. Il ne descend pas directement d’oral, comme on pourrait s’y attendre, mais plutôt d’oraison, la prière. Et il est très proche parent d’adoration. Orateur et prêtre, orateur et prêcheur, même combat.
À l’écoute d’un orateur aussi charismatique (1), vous l’avez remarqué, on a la même réaction que devant un messie, un libérateur à la parole évangélique, un porteur de «bonne nouvelle» : larmes, battements de coeur, répons- mantras spontanés («We can, We can»), mains qui se joignent de reconnaissance (2), sensation d’être soulevé de terre d’un seul élan, mobilisé d’un seul bloc.
La manifestation politique rejoint la manifestation religieuse.
(1) C’est-à-dire détenteur de la grâce; en grec ancien, le charisme, c’est kharisma, la grâce. (2) Reconnaissance, toujours en grec, se dit eukharistia, eucharistie.


