Archives de : septembre, 2008

Le ballot - Bilan d’été 5

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Le sujet des coupures annoncées en culture ne semble pas vous avoir titillé l’opinion ! Je croyais que vous sauteriez sur l’occasion pour vous exprimer, mes coquins, et que vous ne remarqueriez pas trop mon absence, le temps que je retrouve mes esprits. Tant pis.

Car disons que j’en ai perdu de petits bouts, d’esprit, ces derniers temps. Vous vous souvenez, au début de septembre, j’avais prévu faire en cinq volets le bilan de mon été ? Eh ben j’arrivais au quatrième, mes lectures d’été, quand la vie m’a interrompue. Mon chéri s’est mis à aller plus mal. Il est finalement entré à l’hôpital. Il y est toujours. Il y est ce soir. Aux soins intensifs.

C’est de ça, de la douleur qui rôde, prête à vous sauter dessus, dont je voulais vous parler en cinquième volet. Et ben nous y sommes. Zut pour le quatre, on parlera livres une autre fois.

Ce soir je suis en mode douleur. Celle qui ronge ma petite soeur et l’emportera bientôt – allez voir son blogue, osez lire depuis le début. La douleur aussi de plein de gens que je, que vous, que nous côtoyons chaque jour, au bureau, dans la rue, qui n’en parlent pas et qui pourtant la portent en eux, heure après heure, et que leurs nuits tourmentent. Et celle de mon amour sur son lit de malade. Et toutes ces douleurs des autres s’agglutinent en un énorme ballot d’impuissance qui nous écrase le dos, à nous qui les devinons. C’est la souffrance humaine. Qui n’a d’humain que l’adjectif. 

Ce soir, je me tords le coeur entre l’espoir et la peur. Entre la confiance et le cynisme. J’attends — que faire d’autre quand il n’y a plus de mots ? — que le temps fasse son oeuvre. J’avais envie de vous écrire ça. De vous confier mon ballot quelques minutes.

Parenthèse coupures

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Désolée, pas fini mon bilan d’été que l’automne est déjà arrivé. Tempus fugit, qu’y disaient. Et tempus fugit encore en 2008. Mais j’y reviendrai (au bilan et au temps).

Ce soir, courte parenthèse. Vous avez probablement écouté Vincent Gratton et d’autres comédiens au gala des Gémeaux, vu Michel Rivard sur You-Tube, lu Pierre Cayouette dans ses carnets ou entendu Anne Dorval à Tout le monde en parle à propos des coupures annoncées par le fédéral dans les programmes d’aide à la culture.

Mais vous, qu’en pensez-vous? Si on vous offrait une tribune, qu’auriez-vous à dire sur le sujet ? Je suis curieuse de connaître vos points de vue. Surtout sous l’angle linguistique.

Bilan d’été 3 la banlieue

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Ah ! la banlieue. Le mot, prononcé souvent sur un p’tit ton méprisant, ramène au «monde ordinaire», à la «classe moyenne». Et banlieusard (la terminaison en ard, c’est péjoratif…), ça fait ringard, un peu en retard. La réalité, c’est pas ça, bien sûr, les gens sont les gens, où qu’ils soient.

Il y a longtemps longtemps, avant même la formation du français, le mot ban est venu avec les invasions germaniques. Il signifait «proclamation», celle du suzerain, du seigneur, essentiellement en ce qui concernait l’administration du domaine et la levée des troupes. Du côté de l’administration, ça nous a donné la publication des bans, lors d’un mariage, abandonner, c’est-à-dire s’en remettre au pouvoir, et banal – c’est ainsi qu’on nommait le moulin que le seigneur mettait à la disposition de tous, en somme c’était le moulin «commun», d’où aujourd’hui le sens de «banal». Du côté militaire, ban a donné la bannière, qui permettait de distinguer les troupes les unes des autres, la banderole et, passant du côté des toreros, les banderilles. Puis il s’est formé des troupes indépendantes, des bandes, qui faisaient la guerre de leur côté — par la bande. On les considérait comme des groupes de bandits, et ils transportaient leurs armes en diagonale sur la poitrine, en bandoulière.

Je vous entends penser : « Et «bander» ? Vous allez être déçus : je ne sais pas trop. Je sais qu’un mot francique, binda, le lien, a donné toute la famille de bande dans le sens de morceau de tissu étroit et long — bandeau, bandelette, bandage, bande d’enregistrement, bande dessinée, plate-bande et bander dans le sens de bander les yeux. Mais pourquoi bander s’est-il mis à signifier «tendre avec effort» comme dans bander son arc, puis bander tout court ? Sais pas. Désolée. Je n’ai peut-être pas assez cherché. Si quelqu’un trouve, qu’il nous en fasse part !

CoolCoolCoolCoolCoolCoolCool 

Tout ça pour vous parler d’un changement dans ma vie. Après 20 ans de campagne et 7 ans de ville, me voici l’étonnée propriétaire d’un cottage de banlieue. Dans le monde merveilleux du 450. Celui des tizoiseaux, des moyens qu’on n’a pas trop et des gros centres commerciaux. Du char essentiel pour la moindre emplette. Des voisins invisibles qui passent l’été à l’air climatisé. Des maisons toutes semblables comme les mots d’une même famille, toutes avec leurs hydrangées, leurs hostas, leurs places de stationnement, leur réverbère et leur boîte à journal.

Je vis dans un hameau, un îlot d’une vingtaine de maisons protégées, par des arbres, du boulevard, sa vue, ses sons et ses odeurs. Parfaitement tranquille. Parfaitement aéré. Parfaitement joli. Les enfants bien élevés ne se font entendre que la fin de semaine, et si peu, et encore. L’autobus passe à minute fixe. Les poubelles ne traînent jamais. Les pelouses sont écolos, l’air est vert, et la pluie, accueillie par les cris joyeux (mais discrets, tout de même) des tomates, sent le propre.

Eh ben, vous savez quoi ? J’aime assez ça. Quand j’ouvre les vénitiens, le matin, je vois ceci. Et quand je fais mon café, cela :

dscn5754.JPGstore-aout-2.jpg Photos:Math

Ça calme sa femme.

La ville, mon ancien quartier plein d’ados qui s’épivardaient jusqu’à la nuit, les maisons d’appartements déglinguées, les sirènes de police, mon balcon étroit bouillant de soleil me manquent. Le marché aussi. Le jeune pharmacien qui demandait de mes nouvelles, l’air content de me voir. Et l’asphalte, oui, même le gris troué de l’asphalte.

Mais ici y a le silence et la libre lumière. Le ciel large à souhait. Et à 3 km, le fleuve des dimanches, ses canards, ses îles et ses bateaux. 

le-fleuve-1.JPG Photo:Math

Ça respire. Il faut croire que j’en étais rendue là. Ouais.

Bilan d’été 2 chatelaine et moi

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Depuis le printemps jusqu’en août, à Châtelaine, on a travaillé à recentrer le magazine. Vous avez vu ou verrez bientôt le résultat. Lise Ravary vous l’a présenté en détail. Moi, j’ai envie de vous raconter pourquoi il a changé et pourquoi je me sens en symbiose parfaite avec la nouvelle version.

Vous avez remarqué ? Je n’ai pas écrit «relooké» ou «revampé», ni «rajeuni» ou «relancé», mais «recentré».

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D’abord, recentré sur la société de 2008. Les études sociologiques le montrent bien : nous sommes en train de sortir de l’insécurité dans laquelle nous avait jetés le tournant du siècle. Le monde est à notre porte, à notre portée, nous avons envie d’y plonger, de le connaître. D’essayer de le comprendre, surtout, car le mouvement est incontournable et irréversible. Il s’est passé la même chose, en accéléré, avec la Commission Bouchard-Taylor. Pris de suspicion devant l’inconnu qui débarquait dans notre cour, nous avons eu peur et besoin de nous resserrer pour nous réaffirmer. Ça nous a permis de faire le ménage de nos préjugés. De retrouver l’essentiel, l’axe, le noyau qui fait que nous sommes qui nous sommes : langue, démocratie, égalité des sexes. Maintenant nous pouvons accueillir le monde, debout. Cesser de ressasser nos peurs, pis avancer.

Ensuite, recentré sur les vrais besoins des femmes. Elles ont changé. Sont toujours féministes, mais le mot ne leur convient plus, à cause de la victimisation qu’il sous-entend. Elles préfèrent être informées plutôt que tenues par la main et attendent autre chose, d’un magazine féminin, que le règlement de leurs problèmes. Quand elles arrêtent leur course folle pour s’offrir la lecture de Châtelaine, elles veulent être amenées ailleurs, en dehors du cadre que la vie quotidienne leur impose.

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 Enfin, recentré sur «l’esprit Châtelaine». Sur sa personnalité. Beauté et défi des grands féminins : ils sont généralistes. Ils ne couvrent pas un seul secteur, comme les magazines d’affaires publiques, de sport, de cuisine, de déco ou de chars. Leur rôle est de toucher l’ensemble de l’univers des femmes. Ce qu’elles sont, ce qu’elles vivent, ce qu’elles pensent, ce qu’elles veulent savoir. Nos lectrices ont expressément demandé plus de reportages, plus d’information, revenant en cela à la ligne de pensée de Châtelaine à l’origine (en 1960), c’est-à-dire exprimer les femmes dans leur évolution. 

Renfin, recentré sur le rôle de l’écrit. Devant la concurrence du web, l’écrit a cédé à la tentation de réduire la longueur de ses textes : «le monde ne veut plus lire, juste consulter.» D’où la mutiplication des capsules, tellement comprimées qu’elles ne disent plus rien, et d’illustrations jolies pour faire joli. L’époque, je le crois fermement, est maintenant révolue. Chaque médium a trouvé sa place. Si je veux de l’info rapido, je cours sur le web. Mais si je veux prendre le temps de lire, de me faire une parenthèse, je plonge dans mon magazine et j’aime bien en avoir pour mes sous. Et puis, qui a dit que les femmes ne lisaient plus ? Ce sont elles qui font vivre les maisons d’édition de livres ! Elles doivent bien être capables de lire 4 pages d’affilée !

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Je sais, j’en ai dit bien long, et avec l’air de rédiger une pub. Mais j’y crois profondément, à Châtelaine. Il y a de la place pour un magazine comme le nôtre. Qui ne susurre ni ne rosit les choses ni ne prend ses lectrices avec des pincettes cutes. Qui traite les femmes en adultes responsables, pas en ados, accros de la conso, groupies, poupounes ou nounounes. Qui «fait appel à leur intelligence», comme a dit Véronique Cloutier quand elle m’a invitée à son émission le 25 août. Et j’ajoute : qui leur permet de souffler en lisant des choses qui les allument, les touchent et les inspirent.

Voilà. C’était la profession de foi du jour.

Et vous autres ? Parlez-m’en donc, du nouveau Châtelaine. Mais lisez-le, avant, ok ?  :-) 

Bilan d’été 1 gros été

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Bonjour ! Gros été. Je vous le raconterai par morceaux. À mots découverts : 1. vos échappées dans mon «Champ libre», 2. le nouveau Châtelaine, 3. un gros changement dans ma vie, 4. un peu de cinéma et des super lectures.  Et puis à mots couverts, parce que ce sera difficile mais que j’ai envie d’en parler : 5. la maladie et la douleur qui rôdent.

La vie, quoi, qui nous plonge sans avertir dans le meilleur comme dans le pire.

Je vous ai laissé le champ libre pour l’été, et vous m’en avez fait profiter, c’était très émouvant de vous lire. J’ai vu Annick à 15 ans, à l’Orangerie, émerveillée devant les Nymphéas de Monet, et je me suis souvenu du choc qu’ils m’avaient donné, c’était en 1976. J’ai vu notre David de 13 ans, déjà aussi fougueux que son cheval, passant de la peur intense à la paix douce dans l’éclair d’un champ de fleurs jaunes et je me suis souvenu du gros vieux cheval de trait de Maxime, mon grand-père Matteau. Justement, voilà les grands-parents de Tony, amoureux fous et seuls au monde au milieu d’eux-mêmes. Car le champ, pourtant ouvert, est aussi un jardin secret. Celui de Danielle, ses escapades, ses petites délinquances délicieuses et son indéfectible amitié; celui de Lililabeille, qui de fleurs en étoiles en sauterelles en pas dans la neige traverse les quatre saisons; celui d’Yves, jardin de mots en variations, long chant d’amour. Et celui d’Anicka, qui est le champ de la transmission, du souvenir large ouvert sur la découverte du monde.

Merci. J’aurai bien envie que nous reprenions l’exercice un de ces jours. Z’êtes inspirants, camarades!

En attendant, septembre s’est déguisé en juillet, c’est fou, c’est doux, c’est chou comme tout. Réjouissons-nous.