Trop tôt, bien sûr, pour ergoter sur la proposition de Pauline Marois, le 27 avril dernier, concernant des resserrements à la loi 101.
Mais certainement pas, cependant, pour s’allumer la vigilance quant à l’état du français à Montréal. Car on aura beau tourner et retourner les statistiques, il restera que le garde-fou entre le français et l’anglais se fragilise de jour en jour. Pas besoin de bouger, il n’y a pas de crise, affirme la ministre St-Pierre. Peut-être. Mais croyez-moi, on est vraiment sur le bord.
Ça s’entend. Dans la rue, les ascenseurs, les boutiques, les pubs, les bulletins de nouvelles de Radio-Canada. Et puis, moi qui croyais guérie cette foutue manie des francophones de se mettre à parler anglais dès qu’un seul anglophone se pointe, je suis de plus en plus souvent témoin qu’elle est revenue en force. Pire : les franco se parlent ingliche entre eux. Sans compter les milliers de personnes, moi comprise, qui profèrent à la tonne, souvent sans même le savoir, des anglicismes gros comme le bras. Et je ne parle pas des glissements, voire des aberrations, de vocabulaire et de syntaxe. Ni de la mollesse de nos mâchoires.
Va pour la loi. Celle de Pauline ou celle de Christine. Va pour la police, les amendes, la délation si ça vous chante. Va pour la guerre. Mais à quoi sert une loi si les citoyens ne sont pas convaincus de son importance et sont malheureux de l’appliquer ?

Revenons au désir. Désirons notre langue, traitons-la comme une princesse, promettons-lui la lune, tenons à elle à mort. La loi s’appliquera d’elle-même.

