Archives de : mars, 2008

Magazine et magasin

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Je ne sais pas pour vous, mais moi, sans doute m’envole-je à certains moments, car j’ai régulièrement l’impression de retomber sur Terre. Généralement, c’est au sortir d’un bouclage. Voilà, c’est fait, celui de mai est terminé. J’ai atterri hier midi, les deux pieds en juin pis la tête en juillet. 

Pendant la dernière semaine d’un bouclage, au bureau on planche toutes, on focalise, je dirais, sur la réalisation. La fabrication. Le produit. La forme. 

Le chemin de fer. Les titres. Les chapeaux. La maquette. Les couleurs. Les photos. Les bas de vignettes. Les encadrés. Les crédits. Vérification, revérification. Et la couverture, bien sûr. Ah ! la couverture.

On artisane total. Concentration. Les nerfs tendus. Le café refroidit, restons calme. Congratulons-nous donc, c’est superbe ! Il neige, à midi on mange toutes ensemble autour de la grande table en se comptant les protéines dans l’assiette. Déjà sept heures ? Les courriels se sont amoncelés, on répondra demain.  Ça me tue. J’adore ça. Ça sent l’équipe. Coude à coude, compagnonnes ! 

Ouf! J’en ai perdu des bouts. La planète a tourné, mais je n’ai retenu que quelques manchettes, j’ai pris des notes sur des bouts de papier qui se sont éparpillés tout seuls sur ma table. Les dossiers de juin sont arrivés. On verra ça demain. 

Eh ben demain, c’est aujourd’hui. La pile est haute sur mon bureau !

Saviez-vous que 5 : Jusque dans les années 50, le mot magasin pouvait désigner exactement la même chose qu’aujourd’hui, magazine. Étiemble, dans son classique Parlez-vous franglais (idées NRF, 1964, p. 311), se scandalise qu’on ait emprunté à l’anglais un mot inutile, donnant comme exemple les périodiques Le Magasin encyclopédique, Le Magasin pittoresque et Le Magasin du spectacle (pour ce dernier il donne une date : 1946).

 Je suis allée voir mon grand quasicentenaire Larousse du XXe siècle. Et j’ai trouvé : «Magasin : Recueil périodique d’articles sur des objets divers. En ce sens, prend une majuscule.» Eh ben ! Et puis, tant qu’à faire, j’ai trouvé aussi: «Magazine : mot anglais tiré du français magasin. Ouvrage périodique, généralement illustré.» En 1886, existe un Paris-Magazine, dont on dit qu’il ne dura pas.

J’apprends ensuite que c’est Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, oui l’auteure de l’inoubliable La Belle et la Bête, qui a été la première à employer le mot magasin dans le sens de périodique. Elle publiait un « Magasin pour enfants», lancé en… 1758.  

Pourquoi magasin ? Parce que le mot «magasin» désigne avant tout un endroit où on serre plein de choses. On disait même, parlant par exemple de quelqu’un qui aime raconter : «C’est un magasin d’anecdotes». Pas joli, ça ?   C’est comme un blogue: un magasin de jasettes.

Bonnefemme de neige

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17 février ! Je ne vous ai pas écrit depuis le 17 février ! Les jours déboulent, on dirait, et les semaines roulent en bas de la côte. Non, je ne suis pas morte. J’ai seulement été sonnée dernièrement par des sorcières – que mon vieux dictionnaire Bélisle définit comme des « tourbillons de vent qui soulèvent la neige» – surgies sur ma route. Vous savez, pas assez puissantes pour vous emporter, mais assez  pour vous arrêter, vous forcer à faire le point pour retrouver votre chemin. La maladie soudaine d’un proche, qui vous déchire le cœur et vous assène votre fragilité et votre inutilité. Des projets enlevants qui se concrétisent soudain en vous poussant dans le dos, d’autres projets chéris qu’il faut bien alors mettre au congélateur. Et puis cet interminable hiver avec vous au milieu, raide comme une bonnefemme de neige oubliée sur un banc (de neige, bien sûr). J’oubliais : les REER, les impôts, le tutorat (chaque année je tutore quelques étudiants de l’UdeM).

 

Et toutes ces passionnantes distractions. Barak et Hillary, le troublant Grand glossaire des anglicismes du Québec qui m’obsède, le français au travail qui gagne du terrain motte par motte disent les uns mais pas tant que ça répliquent les autres, la jasette nationale de Pauline (oh ! que les caricaturistes vont s’en donner à cœur joie, la déguiser en Jeanette Bertrand, c’est sûr sûr sûr), le grésil ouache ouache, les budgets nationaux, l’étude controversée de l’OLF qui va nous arriver tout à l’heure, Le livre d’images d’Alberto Manguel que je viens de terminer, toute reconnaissante de bonheur.

 

J’ai lu attentivement vos commentaires. Lisette lance une perche qui m’a remonté le moral : mettre l’accent sur notre originalité linguistique plutôt que sur nos horreurs langagières. Et je propose que nous répondions à l’invitation d’Annick et que nous nous amusions à faire sa dictée le 7 mars !

 


Benjamin Lespérance-Trudel, 6 ans