Archives de : février, 2008

Franglerais-je ?

Tous 6 Commentaires »

Il y a peu, je cherchais à réécouter une entrevue de Christiane Charette avec mon ami Richard Chevalier, physiologiste de l’exercice et journaliste, grand pourfendeur de la sédentarité et auteur d’une jolie pile de livres dont le plus récent, Pour prévenir le cancer Bougez ! , fera date.

En chemin, je suis tombée sur un autre invité de l’émission (28 janvier), le linguiste Jean Forest. Une grande gueule assez drôle, du style à gonfler ses effets et à forcer sur le surligneur. Mais un prof sérieux, dont notre collègue réviseure à Châtelaine, Liette Beaulieu, a suivi les cours et dit bien du bien.

Le monsieur vient de publier Le grand glossaire des anglicismes au Québec (chez Tryptique). Il en recense 13 000 ! Et pas que des mots, ceux-là en général aisément reconnaissables. Mais des expressions, des exclamations, des tournures de phrase, insidieuses et étonnantes.

Il faut écouter l’entrevue en émondant, vous aurez compris. De l’enchevêtrement des images verbales, pas toujours convaincantes, il reste deux questions fondamentales qui demandent étude, réflexion et projection : Quel français voulons-nous parler ? Et devons-nous, comme Forest le propose, enseigner le vocabulaire avant (et même au lieu de) la grammaire et l’orthographe.

Il dit:  « Le problème avec notre langue, c’est qu’on parle le franglais. D’où l’abondance des anglicismes. » 

 Petite Fée Éduca

 « On souffre collectivement d’un cancer généralisé. Il faut repenser l’enseignement. Pourquoi enseigner la grammaire et l’orthographe alors que ça sert à une minorité de la population? C’est le vocabulaire qu’il faudrait enseigner, c’est là qu’il y a un problème. » 

Allez-y donc: Jean Forest, pourfendeur d’anglicismes  

Prenez aussi le temps de lire les commentaires.

De mon côté, je commande l’ouvrage.
 

SVQ 3-4

Tous 4 Commentaires »

Un ciel parfaitement bleu en toile de fond, un branchage parfaitement dessiné dessus, une belle lumière ronde qui frappe de front la falaise de neige de la cour, ça me met de bonne humeur ! Alors je vous ai préparé deux «Saviez-vous que» joyeux. Tirés toujours de La grande aventure de la langue française de Barlow et Nadeau. Je guillemette.

Donc: saviez-vous que…

Page103: «Le Grand dictionnaire terminologique du Québec, créé par l’Office de la langue française, répertorie un million de termes français utilisés dans deux cents domaines de la science, de l’industrie et de la technologie. (…) Il se crée chaque année de vingt à trente mille nouveaux termes si on considère toutes les variantes régionales, tous les domaines de recherche et tous les jargons, même si la plupart de ces termes sont éphémères et ne sont utilisés que par très peu de gens, parfois seulement une demi-douzaines.» Belle créativité !
Page 445. «Chaque année, le Grand dictionnaire terminologique de l’OLQ reçoit cinquante millions de requêtes de traduction ou de vérification de termes, dont la moitié viennent de l’Europe. Le site web de l’Académie française, par comparaison, reçoit deux millions de requêtes par année. » Belle curiosité !

Vous êtes déçus? Vous vous demandez ce que je trouve de «joyeux» là-dedans ? Eh bien la créativité et la curiosité !

Parce que si vous vous fiez seulement à la nécessité pour nommer les choses, vous n’enrichirez pas le vocabulaire (donc les nuances de votre pensée). Vous vous contenterez de piquer le premier mot venu, même s’il ne vous ressemble pas trop.

Tandis qu’avec la curiosité et la créativité, promis juré, vous avancez vers le pur plaisir de la parole.

Tempêtes dans la sloche

Tous 3 Commentaires »

En fin de semaine, j’ai épluché les coupures de presse des derniers jours concernant le français. Trois heures qu’il m’a fallu. Seigneur.

On dirait qu’après l’effervescence des témoignages de la Commission des accommodements raisonnables, les gazettes se sont ennuyées. L’hiver est long chez nous, son silence insupportable, et la discussionnite est une maladie d’hiver. Comme on s’invente des tempêtes à la moindre bordée, on s’invente des vents à soulever les doudounes (il faut dire «matelassés») dans l’espoir de dévoiler des scandales.

coupee.jpgPhoto : Math

Quels scandales ? Celui des entorses, connues de tous, à la loi 101 dans les magasins de Montréal.

Celui des études de l’Office de la langue française, qui n’en sont pas puis qui en sont, qui sont cachées puis reportées.

Celui des résultats démoralisants du dernier recensement qui confondent allègrement langue maternelle et langue d’usage et devraient bientôt nous apprendre des horreurs déjà sues sur la langue de travail à Montréal.

Gros suspense. Gros titres, gros articles vides.

Et puis voilà les belles-mères, tannées de se bercer devant le poêle chauffé à rouge, qui s’attaquent à leur bru éclaboussée des quatre sloches au carrefour de l’avenir linguistique.

Rajoutons le scandale de l’enseignement du français et la mise au foyer neigeuse de la ministre Courchesne. Celui des ados qui choisissent un cégep anglophone. Et ce matin, le brûlot de VLB sur le bilinguisme scolaire.

Et pendant ce temps, au pays blanc, on continue de parler un français tout croche, de l’écrire moche et de faire des unes poches.

svq1-2

Tous 4 Commentaires »

C’est bien, les codes. C’est mystérieux. Discret. Souvent court. SVQ, ce sera le code pour nos Saviez-vous-que. Voici le premier. En prime, un second.

 

Je sais je sais j’y ai mis le temps mais ça, vous le saviez, quand je suis en bouclage, et ça boucle longtemps, j’ai moins de temps à moi et je ne peux plus choisir, pour écrire, entre la barre du jour ou l’abord de la nuit, ils se confondent, alors je prends ce qui passe, l’heure ou le livre, et je la dors ou je le lis au lit. Et le blogue (je vais finir par dire carnet, je pense) passe en queue. Rapido, alors, entre deux douches brumeuses de flocons, je tiens ma promesse et vous copiecolle ce matin quelques extraits de La grande aventure de la langue française.

 

 

1. «Le français est le latin des anglophones. Près de la moitié du vocabulaire anglais courant (…) est d’origine française. Et même si cela échappe largement à la plupart des anglophones (qui croient souvent que les mots viennent directement du latin), l’influence du français est restée dans leur subconscient linguistique. En général, les mots anglais d’origine latine ne s’utilisent que dans le discours officiel, érudit, diplomatique : on dira «commence» ou «inaugurate» au lieu de «begin» et «start». En fait, l’anglais est la plus latine et la plus française des langues germaniques, tandis que le français (…) est la plus germanique des langues latines.» p. 38.

 

2. Pourquoi les Anglais disent-ils warranty quand nous disons garantie ? William pour Guillaume, war quand nous disons guerre et que gaulois a donné wallon ? C’est l’assent, msieur-dame ! L’accent normand fait w quand le vieil accent françoys fait un g dur.  p.51

 

 

P.S. : Sans doute est-ce un effet secondaire, un reflux postidentitaire de la Commission Taylor-Bouchard, il s’en dit des choses autour du français, ces semaines-ci ! Dans la rue jusque dans nos mystérieux ministères. Lisez, lisez à ce sujet, il pourrait bien en rester quelque chose après tout. J’y reviendrai. Je prends des notes.