Archives de : décembre, 2007

Neiges

Tous 12 Commentaires »

On dit que la langue inuit compte une centaine de mots pour dire la neige. Le français ? Assez pauvre à côté de ça… Y a bien la neige à bonhomme (celle qui colle, qui fait des balles aussi), la neige à fourrure (qui reste prise dans les poils vrais ou faux du manteau presque une minute encore une fois qu’on est à l’intérieur). La neige de Noël, ronde et brillante. La p’tite neige de rien. La neige qui tourne. La neige cochonnée (celle des trottoirs et des routes). La tapée. Bref, pas grand-chose.

C’est en tout cas ce que je pensais en me désolant… jusqu’à ce que je me retrouve dans le Grand dictionnaire terminologique. Allez-y voir. C’est réjouissant !  Tapez «neige» dans le rectangle Interrogation. Cliquez sur chaque expression; ça vous dit si on parle d’eau, de sport ou de conditions atmosphériques. Cartonnée, croulante, roulée, tôlée, vous ne verrez plus la neige de même façon! 

71.JPG

Neige en Provence, 15 novembre 2007: ça faisait 30 ans qu’il n’y avait pas neigé si tôt dans l’année. Une demi-heure plus tard, il n’en restait plus rien. Beauté de l’éphémère!

Le mot Le français neige et l’anglais snow ont la même racine indoeuropéenne. Quelque chose comme snigwh. Nous autres, suivant le latin nix, nivis, on a laissé tomber le s.

Orgueil

Tous 3 Commentaires »

Sale semaine. J’en suis malade. Conrad Black, Karlheinz Schreiber, Vincent Lacroix, Brian Mulroney. Mohammed Parvez, qui s’est donné le droit de tuer sa fille rebelle. Robert Pickton, la cruauté faite homme, qui accumulait les cadavres. Éric Gagné, le baseballeur, un autre fou de compétition qui veut se faire plus gros que le bœuf. L’énorme Quebecor World qui fait pfitt et dont on prédit la faillite.

 

Sale semaine d’orgueil. D’enflure. Toujours plus de plus. Le plus riche, le plus rusé, le plus saint, le plus fort, le plus puissant. Le plus sûr - de sa supériorité, de son bon droit, de son impunité. Quand la balloune éclate, le gaz échappé pue et tue.

Heureusement qu’il neige. Pour recouvrir un temps toute cette bouette.

 

neige-031207.jpg

Photo : Hélène Matteau

 

Je suis censée parler ici de langue et de langage. M’y voici.

 

Deux choses consolantes comme des boules de lumière dans la tempête:

 

1. Les statistiques de la semaine dernière sur l’état du français au Québec vous ont fait peur ? Comme moi vous avez planché sur ce casse-tête de chiffres pour tâcher de comprendre ce que cachaient leurs gros titres ? Allez voir l’éditorial vidéo d’André Pratte sur le supposé recul de notre langue chez nous.

 

2. Les prix du concours des journalistes de la rue. J’achète toujours L’Itinéraire. De quoi vous réconcilier avec l’hommerie de l’époque.

Satellite

Tous 3 Commentaires »

La semaine dernière, je l’ai dit, je revenais de Provence. Marseille-Paris, Paris-Montréal.

Entre les deux vols, quatre heures à perdre.

 

J’adore l’aéroport Charles-de-Gaulle. Une infinité longiligne de couloirs, d’atmosphères. On va d’îlots odorants en barrages fourmillants. Tant d’humains. De corps, de visages, de couleurs, de costumes. La locomotion, la promenade, la précipitation. L’hésitation, l’excitation, l’irritation, l’appréhension, la résignation, l’impatience. Aussi le désoeuvrement, l’endormissement. Et toujours la déambulation, histoire de tuer le temps en chassant les fourmis dans les jambes.

D’une fois à l’autre, on ne sait pas à quel terminal on va arriver. Mardi dernier, surprise ! L’avion Paris-Montréal m’attend au Satellite trois du terminal 2-E.

 

Une merveille. Toute neuve (juin 2007). Design futuriste. Luxe. Lumière. Et vue directe sur l’activité aéronautique (comme à Dorval dans le bon vieux temps).

Un seul manque, criant : aucun endroit pour dormir, si vous n’êtes pas admissible aux fauteuils de pacha de la classe Affaires…

3.JPG

Pourquoi ne pas au moins munir les chaises de dossiers inclinables ? Ce serait toujours ça de pris. Et puis, déception pour qui, comme moi, traîne partout son portable : le WiFi est gratuit mais… pas efficace du tout, malgré un «Signal excellent».

Alors j’ai lu. Puis j’ai pris des photos:

21.JPG

 

41.JPG

 

51.JPG


1.JPG

 

 


 

 

 

Théâtre social

Tous 13 Commentaires »

Je sais un petit village de Provence comptant à peine 2500 habitants. N’y cherchez pas de «souches». Ils sont très peu, et pour la plupart bien vieux. Tous les autres viennent d’ailleurs. Angleterre, Danemark, Suède, Norvège, Hollande, Allemagne, Corse, Italie, Espagne, Suisse, Algérie, Afrique du Sud. Sans compter les estrangers d’autres provinces françaises : Haute-Savoie, Franche-Comté, Jura, Alsace, Bretagne, Hérault, Massif central, Champagne et bien sûr, Paris et ses environs.

 

Un jour tout ce beau monde se critique, se jalouse, se calomnie ou s’évite. Le lendemain, tout ce beau monde fait la fête, s’embrasse, échange au marché, travaille ensemble, fait l’amour et des bébés.

C’est un village ordinaire et méchant. Ordinaire et généreux.

Un village humain, quoi. Où chacun s’accommode de l’autre pour vivre mieux.

Mais si une Commission Bouchard-Taylor offrait là-bas tribune à toutes les hargnes souterraines, peut-être la vie y deviendrait-elle infernale. Un insupportable théâtre social : tous les traits grossis. Jalousie d’Othello, niaiserie du Bourgeois gentilhomme, mesquineries des Belles-Sœurs.

 

 

Une représentation de Les Belles-Sœurs au Guild Hall, 1998. Photo: Jean François Blouin

C’est que, pour la plupart, les citoyens qui s’y présenteraient seraient ceux qui craignent d’avoir quelque chose à perdre. Qui se font des drames pour pimenter leur petite vie.

 

Car ceux qui sont bien dans leur peau, ouverts aux autres, qui s’accommodent à mesure à la nouveauté et s’en trouvent grandis, ceux dont la vie est assez large pour contenir plein de gens, d’événements et d’arrangements n’auraient pas de peurs à y étaler. Ils sauraient que si des injustices surviennent, il y a des lois, des recours, des tribunaux. Et que les injustices ne sont pas toujours le fait que des estrangers.

 

C’est pour ça que, juste comme je revenais de Provence, le mémoire de la Commission scolaire de Montréal m’a fait l’effet d’un baume. Que son réalisme m’a un peu réconciliée avec mes semblables.

Ouf ! Le rideau est enfin tombé sur cette déplorable comédie.

En espérant que le rapport des commissaires nous ramène dans la réalité au mois de mars.