Champ libre

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champs

Voilà un champ. Semblable à des milliers d’autres. Mais pour moi, c’est un champ unique, avec une histoire unique. Je sais où il se trouve et quel ciel il faisait ce jour-là, quand je l’ai photographié, histoire de garder vivant mon regard sur l’extraordinaire été de mes 12 ans. 

Je vous prête ce champ secret. Batifolez-y, courez-y, arpentez-le, étendez-vous-y, respirez-le, il est à vous ! Faites-en  le cadre d’un souvenir, le décor d’une histoire inventée, une étape, un point de départ, un point de chute, comme vous voulez.  

Et si ça vous chante, que diriez-vous de nous raconter ici, en commentaire, l’histoire qu’il vous aura inspirée ? Ou les histoires, c’est pas défendu. Un genre de carte postale, peut-être ? Une intrigue policière ? Une nouvelle de 1000 mots ? Ce que vous voulez, vous avez le champ libre !

De mon côté, je vais traverser l’été autrement. Mais je viendrai vous lire.

Rendez-vous le 1er septembre !    

Pauline ou Christine

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Trop tôt, bien sûr, pour ergoter sur la proposition de Pauline Marois, le 27 avril dernier, concernant des resserrements à la loi 101.

Mais certainement pas, cependant, pour s’allumer la vigilance quant à l’état du français à Montréal. Car on aura beau tourner et retourner les statistiques, il restera que le garde-fou entre le français et l’anglais se fragilise de jour en jour. Pas besoin de bouger, il n’y a pas de crise, affirme la ministre St-Pierre. Peut-être. Mais croyez-moi, on est vraiment sur le bord.

Ça s’entend. Dans la rue, les ascenseurs, les boutiques, les pubs, les bulletins de nouvelles de Radio-Canada. Et puis, moi qui croyais guérie cette foutue manie des francophones de se mettre à parler anglais dès qu’un seul anglophone se pointe, je suis de plus en plus souvent témoin qu’elle est revenue en force. Pire : les franco se parlent ingliche entre eux. Sans compter les milliers de personnes, moi comprise, qui profèrent à la tonne, souvent sans même le savoir, des anglicismes gros comme le bras. Et je ne parle pas des glissements, voire des aberrations, de vocabulaire et de syntaxe. Ni de la mollesse de nos mâchoires.

Va pour la loi. Celle de Pauline ou celle de Christine. Va pour la police, les amendes, la délation si ça vous chante. Va pour la guerre. Mais à quoi sert une loi si les citoyens ne sont pas convaincus de son importance et sont malheureux de l’appliquer ?

Revenons au désir. Désirons notre langue, traitons-la comme une princesse, promettons-lui la lune, tenons à elle à mort. La loi s’appliquera d’elle-même.

Les z-habitants

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Pourquoi, dites-moi, joue-t-on les hymnes nationaux au hockey ? Est-ce que les équipes représentent leur pays ? Me semble que leurs noms sont plutôt associés à des villes : les Canadiens de Montréal, les Choses de New York, les Trucs-Trucs d’Edmonton… On se croirait aux Jeux olympiques! C’est-y ça qu’on appelle de l’enflure ?

Cela dit avec un sourire, j’étais devant le petit écran comme 77 % des Québécois lundi, jour de victoire. La joie. Futile, bruyante, innocente, incongrue (sinon cruelle quand on pense à toutes les souffrances de ce monde. M’enfin. Des fois, j’imagine que la rondelle est une mine antipersonnel, c’est mon genre, ça… ), mais la joie, simplement ! Alors, dites-moi, pourquoi y a des casseurs stupides qui la cassent, cette liesse sans malice ? C’est comme dans les fêtes de famille. On s’amuse, on rit, tout roule, pis tout à coup mononque Pit se met à faire du grabuge. Le con.

Quelques jours avant, pendant que nous effervescions déjà, toute fébrilité battant au vent sur nos chars, tombait de la radio du matin, l’air de rien, la nouvelle que notre gouvernement contrevenait hardiment à sa Charte de la langue française en correspondant en anglais avec nos entreprises. En somme, notre gouvernement marquait dans son propre but ! Pas trop d’analyse là-dessus dans nos journaux les jours suivants et rien du tout, il va sans dire, dans mon journal d’entrefilets du métro. Si ça c’était passé au hockey… Mais les z-habitants ne sont pas tous sur la glace !

Go HABS Go!

Robert Dutrisac et Michel David, du Devoir (lisez-les, ils expliquent ça très clairement) ont heureusement gardé l’esprit alerte. Sinon, ça nous glissait sur la conscience politique comme une lame sur la patinoire. Pourtant, pensons-y deux minutes: notre gouvernement agit en toute illégalité. Ce n’est pas rien ! Et pas que par erreur ou par inadvertance. Et pas que d’hier. Et pas dans d’anodins documents : on parle entre autres du ministère du Revenu, on parle d’Investissements-Québec, on parle de correspondance soutenue, de formulaires officiels ! «On va faire attention, oui oui, on n’a pas fait exprès, il faut donner l’exemple», patine la ministre St-Pierre, qui l’aime tellement, sa langue, qu’a dit. Bien. Le gouvernement va faire attention. Et le peuple, rassuré, peut retourner gronder sur ses gradins : Go! Habs, Go!

Ma troisième question : si les «arbitres» de l’OLF faisaient leur travail, de combien de minutes de punition notre gouvernement écoperait-il, dites-moi ?

Moi, je le retournerais dare-dare chez les pee-wee. Wink

Chemin rond

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Vous m’avez demandé ce qu’était un «chemin de fer» ? Je répondrai qu’il s’agit d’un casse-tête !

(6) Saviez-vous que … Dans l’échéancier de production d’un magazine, il y a une date de tombée pour les publicités (comme il y en a une, quelques semaines plus tôt, pour les textes). À partir de cette date, on dispose de tous les éléments qui constitueront le magazine : les articles, les illustrations et les publicités, selon leur format et l’entente avec l’annonceur (une page entière, un quart à gauche, une demie verticale, un tiers horizontal, dans la section beauté, dans les 10 dernières pages, et que sais-je encore). On peut alors dérouler les articles et leur attribuer un numéro de page. C’est le chemin de fer. Pourquoi «chemin de fer» ? Parce que pour s’y retrouver, il y a quelques années encore, on se servait d’une feuille lignée qui ressemblait à un chemin de fer, à des rails. Des fois, d’ailleurs, on dit «le rail» plutôt que «le chemin de fer». Aujourd’hui, on dessine plutôt de petits rectangles dont chacun représente une page de magazine. On peut dire que ça fait une suite qui ressemble aux wagons d’un train. En tout cas, méthode 1 ou méthode 2, ça nous permet d’avoir une vue d’ensemble du magazine et de vérifier si tout est là, à sa place et mis en page comme il faut.

Dans le même esprit, quand une page est terminée, on en fait une miniature qu’on fixe à sa place sur un mur. On peut donc voir d’un coup d’oeil l’ensemble de la «création». On appelle ça… «le mur». Et c’est bien joli.

Le chemin de fer à Amqui

Chemin de fer, chemin de terre, chemin de pierres. Un chemin va toujours quelque part.

Sauf s’il s’agit d’un chemin de ronde, bien sûr. Celui qu’on martèle pas après pas, jour après jour, d’où l’on attend le pire et le meilleur. Le chemin du guetteur, du guerrier, de l’abandonné. Le chemin de la mort et celui de l’espoir. Anne ma soeur Anne… Et le hamster dans sa cage, qui refait à jamais le chemin de sa roue.

Chemin de fer. Vous imaginez la révolution qu’il a dû représenter en son temps, celui-là? À la distance tranquille il opposait la vitesse, le bruit, le confort, le proche. La ligne droite. Et puis du coup, les adieux pouvaient devenir des au revoir.

J’ai pris une fois le train Montréal-Halifax. En traversant la vallée de la Matapédia, je ne reconnaissais plus mes villages aimés. C’est que je les voyais d’en arrière, et dans la nuit. C’était une autre planète, vue de ma couchette.

Chemin de fer. Filer en douce jusqu’au verso de l’horizon… Métaphore, métaphore !

Mais impossible aujourd’hui. J’ai pris ce matin le train train quotidien. Et celui-là, m’sieurs-dames, vous le savez bien, il tourne en rond sur ses rails de plastique.

Je joue encore

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Le mois de la francophonie est fini. Vive la semaine des dictionnaires !

Vous avez fait la dictée de Dan Bigras ? Moi, si. Et j’ai commis une faute extraordinaire : ornithorynx au lieu d’ornithorynque. J’étais sûre que le piège était dans la prononciation! Croyez-moi, je saurai l’écrire pour le reste de mes jours, ce qui ne me sera sans doute jamais d’aucune utilité. Mais on s’en fiche. On s’amuse.

On s’amuse. J’adhère totalement à l’esprit ludique qu’on imprime à ces événements autour de la langue. Un apprentissage est bien plus efficace quand on en fait un jeu.

Souvenirs. J’ai 20 ans, j’enseigne le français, l’art dramatique et la méthodologie du travail intellectuel dans une petite ville, Bedford pour ne pas la nommer, aux garçons et filles de première et deuxième secondaires. À l’époque, le prof bénéficie de beaucoup plus de liberté pédagogique qu’aujourd’hui. Et moi je veux qu’on s’amuse dans mes classes. On fait des «combats» de conjugaisons pour l’honneur. En juin on révise la grammaire tous assis dans l’herbe sous un gros arbre de la cour d’école. On fait tourner Vigneault, J’ai pour toi un lac — pourquoi «un cristal frileux?», et «nos jours à l’envers ?». On lit à haute voix des scènes de Molière en s’expliquant les mots et les tournures qui nous font pouffer, en frappant dans les mains pour marquer les pieds. Le rythme de la langue. Une année, pour se récompenser d’avoir terminé le programme quelques semaines plus tôt que prévu, on joue aux racines grecques en équipes : à partir de deux colonnes, l’une de préfixes, l’autre de suffixes, on invente des mots en leur attribuant une définition; ensuite on vérifie dans le dictionnaire. Et des fois, on l’a! Yé, on a vraiment re-créé un vrai mot !

Maman adorait lire le dictionnaire les soirs de pluie. Et papa, sortir de grands mots inconnus en se levant le matin. Ils nous ont transmis leur folie, à nous leurs enfants. On a joué au bonhomme pendu, aux virelangues, aux anagrammes, aux définitions, on a composé des grilles de mots croisés, inventé des rimettes et des chansonnettes, improvisé des alexandrins en lavant la vaisselle. Français ludique. Ses complications, ses exceptions, ses raretés, ses illogismes ? Du piquant. Des obstacles à franchir. Des défis. Un permanent scrabble.

Je joue encore au français. Et ce qu’il y a de merveilleux, c’est que ce jeu-là n’aura jamais de point final. Mais toujours, au bout du mot, un point d’interrogation, un point d’exclamation, des points de suspension…