C’était à une soirée de gala. Trois ou quatre personnes m’avaient interceptée en me disant: “Y’a Vastel qui te cherche, il veut absolument te parler”. Moi, je n’y tenais pas particulièrement, à lui parler. Il y a quelques années, il avait écrit des choses méchantes et gratuites et dans certains cas inexactes à mon sujet. Alors je préférais changer de trottoir… Mais au beau milieu de la soirée, je l’ai vu foncer vers moi: amaigri, affaibli, tout pâle, le lion que j’avais connu rugissant avait pris un coup de vieux. Je le savais malade. J’ai deviné qu’il était mourant quand il m’a dit: “Madame Durocher, je voulais m’excuser. Il y a quelques années, j’ai eu des mots très durs envers vous. C’était déplacé. Je m’en excuse. J’espère que vous me pardonnez.” J’étais estomaquée. Mais touchée. “Toute faute avouée est aussitôt pardonnée, Monsieur Vastel. Bon courage.” Il a eu l’air soulagé. Il avait surout l’air d’un homme qui fait sa ronde avant de partir, qui sait que la fin est proche et qui veut mettre ses affaires en règle avant de quitter la piste.

C’était un lion: il en avait la force et les griffes, mais aussi la grâce et la noblesse. Adieu Monsieur Vastel.