Archives de : janvier, 2008
Voici un site où vous pouvez calculer l’heure probable de votre mort. Peut-être pas réjouissant, mais certainement réaliste. Plus lucide que ça… tu meurs.
Ma soeur est en en Inde pour cette école formidable dont je vous ai déjà parlé. Elle nous écrit pour nous dire ce qu,elle y voit tous les jours. Instructif:
Difficile de réconcilier l’Inde qu’on nous raconte dans les journaux canadiens, cette Inde de superpuissance en émergence, et ce cul de jatte que je viens de croiser à Visakaptnam, paisiblement couché sur le bord de la route, au milieu de la folie du trafic, la tête confortablement reposée sur sa jambe artificielle qui lui sert d’oreiller.
Dans La Presse du 24 janvier, l’éthicienne Margaret Somerville posait d’intéressantes questions concernant l’avortement. Dans un texte extrêmement courageux, elle apportait certains bémols au discours féministe dominant pro-choix. Comment se fait-il, demandait-elle, que sur certains campus universitaires, les tenants du pro-choix veuillent réduire au silence les tenants du pro-vie? Dans tout débat, dans toute discussion démocratique, on se doit de laisser autant de place aux deux visions opposées, non?
Le discours pro-vie est toujours assimilé à un discours religieux (le plus souvent de droite ou d’extrême-droite). Mais peut-on imaginer quelqu’un qui serait de gauche et qui considèrerait l’avortement uniquement comme un dernier recours quand toutes (toutes) les autres options ont été épuisées? Peut-on imaginer une féministe qui serait réticente face à l’avortement? Pas contre le droit des femmes de disposer de leur corps. Mais réticente devant la banalisation de l’avortement. Vous vous souvenez du premier épisode de la série La galère? Une femme qu’on croit chez l’esthéticienne fume et parle au cellulaire de façon tout à fait désinvolte. La caméra s’éloigne d’elle et on découvre qu’elle ne se faisait pas épiler les jambes, mais bien avorter. Pour la troisième fois. Comme si de rien n’était.
Je pense qu’on a le droit de dire que l’avortement n’est pas un geste comme les autres, anodin et sans conséquences, sans passer pour un curé. Je pense qu’on a le droit de dire que ça n’a pas de sens que le Québec détienne un record du nombre d’avortements, sans passer pour une fasciste. Et je pense qu’on a le droit de dire qu’une femme qui se fait avorter une première, puis une deuxième, puis une troisième fois devrait peut-être s’arrêter et réfléchir à son comportement, sans que ce soit considéré comme un discours d’extrême-droite.
Ce qui vient obscurcir le discours sur l’avortement, c’est le syndrome du « on veut pas l’savoir ». On veut bien manger un gros steak juteux mais on ne veut pas savoir comment le bœuf a été tué. On veut bien que des soldats aillent faire la guerre à notre place mais on ne veut pas savoir dans quelles souffrances atroces ils sont morts. Il est politically correct d’être en faveur de l’avortement, mais on ne veut surtout pas savoir à quoi ressemble un fœtus qui sera aspiré, on ne veut pas voir les photos qui montrent des petits membres déchiquetés.
Pourtant une image vaut mille mots. Comme le rappelle Madame Somerville, « dans le film Juno, une jeune partisane pro-vie crie à son amie étudiante: «Il a des ongles», quand cette dernière s’apprête à entrer dans une clinique d’avortement. Cette intervention personnifie le foetus - nous pouvons nous identifier à lui, il est comme nous. L’adolescente enceinte a changé d’idée et mené à terme sa grossesse. »
Jusqu’à tout récemment l’avortement était pour moi quelque chose de tout à fait abstrait. Jusqu’à ce que je voie l’exposition sur le corps humain, et que j’entre dans la salle des embryons et des fœtus. Devant les minuscules bras, les petites jambes, déjà presque complètement formés après quelques semaines seulement, j’ai eu une réaction épidermique : comment peut-on passer tout ça à l’aspirateur sans en être profondément bouleversée ? Ce matin dans le Devoir, le journaliste Brian Myles faisait un bilan des 20 dernières années dans le dossier de l’avortement et concluait ainsi son texte: Aux États-Unis, un groupe de pression appelé Operation Outcry a réussi à faire présenter en preuve, devant la Cour suprême, le témoignage de milliers de femmes affirmant qu’elles avaient subi un traumatisme physique et psychologique lors de leur avortement. Au lieu d’images de foetus démembrés, comme dans les années 80, les anti-choix proposeront au cours des prochaines années les visages de femmes éplorées pour choquer la conscience du public à propos de l’avortement. C’est évidemment déplorable que ces témoignages soient récupérés par l’extrême-droite mais il n’en reste pas moins que ce serait important dans le débat qu’on entende plus souvent le témoignage de femmes qui ont été bouleversées par leur avortement. Ça en ferait peut-être réfléchir certaines qui hésitent. Et ça contribuerait aussi à rééquilibrer un débat qui se situe uniquement pour l’instant entre deux extrêmes : les tout-pour et les tout-contre.
Et si on était tout simplement au beau milieu, mal à l’aise, dans une zone grise?
En 2005, mon amie Martine Turenne a publié dans l’Actualité un dossier dévastateur sur l’avortement. Elle révélait qu’en 2002, près d’une grossesse sur trois avait été volontairement interrompue au Québec. En 2003, la Régie de l’assurance maladie avait enregistré le nombre le plus élevé d’avortements de son histoire : 30 900 pour 73 600 naissances! Alors qu’on s’apprête lundi à souligner les 20 ans de la décriminalisation de l’avortement, il faut peut-être se poser des questions. Pas revenir au temps des avortements clandestins avec des aiguilles à tricoter, mais juste se demander si comme femmes on n’est pas allé trop loin, après avoir obtenu un droit tout à fait légitime.
Le rôle des féministes n’est pas de fermer les yeux sur la réalité difficile de l’avortement. Il n’est pas non plus d’excuser ou de justifier le comportement de certaines femmes qui pratiquent l’avortement à répétition ou l’avortement comme moyen de contraception (un condom ça coûte moins cher qu’une cigarette et il y en a dans toutes les bonnes pharmacies, dont certaines sont même ouvertes 24h sur 24h, il y a aussi la pilule et la pilule du lendemain, le stérilet, etc).
Les féministes devraient au contraire appeler à une plus grande responsabilisation des femmes. Avec n’importe quel droit viennent des devoirs. Et avec le droit à l’avortement vient aussi le devoir de se comporter de façon responsable. Et de se remettre en question, au moins une fois tous les 20 ans.
J’ai trouvé sur le site de salon.com le meilleur résumé que j’aie lu des “deux poids deux mesures” appliqués aux femmes en politique : “Hillary’s a heartless robo-bitch” until she shows her softer side, then she’s “PMS-y crybaby who can’t run a country.” Quand une femme est forte et sait ce qu’elle veut on la trouve froide et sans coeur. Quand elle montre ses émotions c’est un être faible qui ne peut pas diriger un pays et une armée.
Bref, on est toujours perdante.

