Les femmes pourront soulever leur moitié du Ciel
C’était en tout cas le souhait exprimé par Mao lors de sa prise du pouvoir en 1949. Avant lui, la Chine vivait sous un système patriarcal teinté d’un confucianisme rétrograde ou la femme tenait pour bien peu de chose. Les 40 années de communisme qui ont suivi l’avènement au pouvoir de Mao ont fait place à une approche fondamentalement égalitariste notamment dans les sphères de l’éducation et du travail. Plusieurs textes ou lois ont du moins été écrits en ce sens.
Chirurgie esthétique, divorce, accès à l’éducation et aux soins de santé, égalité au travail… Sont-ce là les nouvelles préoccupations de la femme chinoise d’aujourd’hui? Trois femmes vivant à Shanghai et Beijing (Pékin), aux parcours différents, ont bien voulu prendre le temps de répondre à mes questions, parfois indiscrètes, sur les thèmes de la santé, le couple, le travail et l’éducation.

Le Dr Cheng est gynécologue dans un hôpital publique de Shanghai
Femme et santé
A moins de disposer d’une assurance privée il faut maintenant payer pour se faire soigner en Chine. Pour les fonctionnaires un certain encadrement médical est prévu. Pour les autres c’est du cas par cas. Le Dr Cheng avoue d’ailleurs que le gouvernement commence à se préoccuper de cette situation. Principal problème du système: le manque d’argent. On peut donc parler de médecine de riche et médecine de pauvre. Ainsi, les étudiantes, les femmes effectuant des petits travaux et celles des milieux ruraux reçoivent des soins nettement insuffisants et de moindre qualité. Avec le vieillissement de la population l’avenir du système de santé chinois soulève plusieurs inquiétudes.
La femme chinoise et son image
A l’instar de beaucoup de pays en voie de développement, la Chine n’échappe pas aux diktats des pays occidentaux en matière de beauté. Le « débridage » des yeux, le grossissement des seins, l’étirement des jambes pour gagner quelques millimètres sont quelques unes des interventions de plus en plus prisées par les chinoises. « Si elles ont l’argent qu’elles le fassent mais je déplore le grand nombre d’accidents et de tragédies liées à ces pratiques » explique le Dr Cheng, qui impute cette vogue par l’impact des média, le cinéma et Internet qui n’existait pas à son époque
La femme le couple et le mariage
Les procédures liées aux mariages et aux divorces depuis 2003 ont été simplifiées. Pour convoler, il n’est plus nécessaire de fournir l’autorisation de son unité de travail ni de subir un examen médical. L’âge minimum pour se marier est de 22 ans pour les hommes et de 20 ans pour les filles. Les procédures de divorces ont aussi été simplifiées. Bigamie, abandon du domicile conjugal, violence physique sont autant de motifs pouvant justifier une procédure de divorce si la séparation ne peut se régler à l’amiable
En Chine, tout comme chez nous à une certaine époque, l’homme détenait la parole dans le couple. Les choses ont sensiblement changées en cette matière. Actuellement la plupart des femmes travaillent et contribuent à part entière au revenu de la famille, souvent plus que le mari. La femme a pris la place qui lui revient au sein du couple. Les prises de décisions ne sont plus l’apanage exclusif des hommes. Les tâches ménagères ainsi que les soins à prodiguer aux enfants sont aussi plus équitablement répartis selon l’emploi du temps de chacun. (Plus qu’en occident nous diront plusieurs). On assiste aussi (à Shanghai en particulier) à un phénomène croissant : la femme qui travaille pendant que l’homme reste à la maison.
Si la pression existe toujours sur les enfants (principalement sur les filles) pour qu’ils se marient rapidement cette coutume tend à s’amenuiser du moins dans les grandes villes. Ainsi, de plus en plus de jeunes couples demeurent ensemble avant le mariage. Celui-ci reste cependant une étape incontournable pour la plupart des chinois. (Ce n’est pas une question de religion, les chinois étant agnostiques pour la plupart, mais plutôt une manière d’officialiser l’union surtout pour l’enfant à venir). Le Dr Cheng souligne au passage que les filles au sortir des études chercheraient plus urgemment un mari (bien nanti de préférence) qu’un emploi.
Pour le Dr Cheng ces bouleversements liés aux couples ne sont pas forcément de bon augure. Plutôt traditionnelle, elle n’encourage pas les rapports sexuels avant le mariage. Certaines études tentent à démontrer que les rapports sexuels, la cohabitation et la multiplication des partenaires avant le mariage fragiliseraient le couple provocant une montée des divorces. Trop de permissivité donc selon elle. Elle se souvient avec un brin de nostalgie des unions issues du milieu de travail ou par exemple l’infirmière épousait le médecin.
Toujours pour expliquer la monté des divorces elle rappelle que depuis la politique de l’enfant unique (1979) les « petits empereurs » issus de ces unions et maintenant en âge de se marier sont plus égoïstes et capricieux ayant reçu une attention exclusive de leur parents et de leurs grands-parents. On fait moins de compromis selon le Dr Cheng. S’ajoute enfin la plus grande autonomie financière des partenaires qui expliquerait selon elle la montée des divorces. Du point de vue légal, si auparavant les époux mettaient tout leur patrimoine en commun on a aujourd’hui de plus en plus recours aux avocats pour établir son contrat de mariage.
Au chapitre de l’infidélité, elle constate que ce phénomène est de plus en plus fréquent chez les femmes mais que les hommes restent toujours les plus volages notamment les hommes d’affaire. Profitant de leurs nombreux déplacements ceux-ci seraient nombreux à installer leurs maîtresses dans une autre ville.
Femme et travail
D’après le Dr Cheng les conditions de travail (en milieu hospitalier et chez les fonctionnaires du moins) seraient assez équitables entre les hommes et les femmes. L’homme et la femme présentant les mêmes qualifications reçoivent les mêmes émoluments. Elle trouve injuste cependant et ne peut expliquer pourquoi l’âge de la retraite est de 55 ans pour les femmes (avec pension en conséquence) et de 60 ans pour les hommes. Les associations féminines essaieraient cependant de faire fléchir le gouvernement sur cet aspect.
Si pour le Dr Cheng il est plus facile pour la femme de trouver un job elle l’explique du fait que les femmes acceptent les emplois les moins valorisants, les plus durs et bien sûr les moins payants. Les femmes sont peu représentées dans les postes de responsabilité des entreprises d’état et pratiquement absentes dans le domaine politique. Dans les grandes villes elles occupent cependant de plus en plus de postes stratégiques au sein des entreprises à capitaux mixtes ou étrangers.
Malgré la législation sensée les protéger, les femmes sont les premières à être licenciées lors de la fermeture d’entreprises. Rémunération moindre, salaire impayé, licenciements abusifs sont encore souvent le lot des femmes chinoises.
Femme et éducation
Au chapitre de l’éducation des jeunes filles tout irait assez bien dans l’Empire du milieu selon le Dr Cheng. Elle admet cependant que dans les campagnes, les familles ayant un garçon et une fille favorisent plutôt l’éducation des garçons. Ce serait différent dans les grandes villes. (Ajoutons que le problème se pose dans une moindre mesure dans les villes puisque la politique de l’enfant unique est plus strictement observée que dans les milieux ruraux. Qu’on ait un garçon ou une fille ne présente donc pas de différence puisque l’enfant ira à l’école de toute manière).