
Vous pouvez vous imaginez que je lis tout ce qui s’écrit actuellement sur Pékin par mes collègues québécois. En général, rien à redire. Tout est assez conforme et bien écrit. C’est en les relisant cependant que je constate que, sans le savoir, c’est collectivement qu’ils décrivent réellement ce qui se passe en Chine. A part les coups d’éclats des Human Rights Watch et autres aficionados du Tibet les articles de mes confrères et consœurs sont « drabes » parce que Pékin est drabe. La vie d’un centre d’achat à Pékin ressemble à s’y méprendre à ceux de Montréal-Nord ou de Ville Mont-Royal selon la bourse des chalands. Que les prostituées s’appellent ici « escortes » ou coiffeuses là-bas on est dans le même cas de figure. En fait, en Chine actuellement on est en porte à faux: entre deux révolutions. Des vraies révolutions. La première a eu lieu avec Mao. La seconde encore à venir, mais à n’en pas douter, nous viendra encore de l’Empire du Milieu. Une chose est sûre. On va encore acheter des « petits chinois », mais sans savoir pour le moment sous quelle forme : jouets ou réels. Attachez bien vos tuques!
On parle beaucoup du Tibet, des Ouïgours et autres Falun Gong par les temps qui courent. On parle moins cependant de la Mongolie-Intérieure située au Nord de la Chine. Celle-ci est une des cinq régions chinoises dites « autonomes ». Je mets autonome entre guillemet puisque qu’on ne sait pas toujours ce que cela peut bien vouloir dire. Toujours est-il que la Chine n’a certainement pas demandé la permission à nos amis mongols pour installer ses bases militaires et lancer ses premiers vols spatiaux habités. Bref, j’ai une amie mongole à Pékin. Contrairement à plusieurs autres compatriotes de sa région, elle tente quant à elle d’apprendre le mandarin et de trouver du travail. (Autant vous dire que les mongols n’apprennent pas la langue chinoise de gaité de cœur). Elle vit entassée avec quelques unes de ses « sœurs » dans un appartement en banlieue de Pékin. Comme c’est souvent le cas partout ailleurs dans le monde, les habitants des régions excentrées espèrent améliorer leurs conditions de vie en migrant vers la capitale ou les grands centres urbains. Et comme c’est souvent le cas, plusieurs finissent dans le milieu de la prostitution. C’est un peu le cas de mon amie. Je dis un peu parce que la prostitution prend bien des visages selon les pays ou cette activité est exercée. En Afrique par exemple, il n’y a pas de réseaux organisés ni de proxénètes dument identifiés (dans les pays de l’Afrique sub-saharienne où j’ai travaillé du moins). On parle plutôt souvent de petits cadeaux après la nuit ou d’une course de taxi plus dispendieuse que la normale. Plusieurs couples se sont formés suite à ce genre de rencontre d’ailleurs. Toujours est-il que j’ai rencontré mon amie dans un bar de Pékin que tous les guides touristiques mentionnent et où les chinoises sont peu nombreuses. En fait, c’est un peu la chasse gardée des plus belles filles de Mongolie et dans une moindre mesure de Russie. Ce sympathique bar/disco à l’orée d’un magnifique parc est maintenant fermé pour causes de rénovations précise-t-on sur sa façade. Des rénovations qui n’en finissent plus. En fait, on aurait découvert quelques cadavres dans les placards. Trafic d’organes semblerait-il. Comme Pékin n’a pas son équivalent du Journal de Montréal, il est difficile d’en savoir plus. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, je vois plus souvent mon amie de Mongolie depuis la fermeture de la discothèque.
Quand on se documente sur la Chine, on nous parle constamment de cette fameuse particularité culturelle du peuple chinois: ils n’aiment pas perdre la face. Pour avoir voyagé un peu j’ai tenté, à travers mes souvenirs, me rappeler quels individus, quelle collectivité, étaient plus facilement enclin à perdre la face. Je cherche toujours.

Déjà près de deux ans à me passionner pour la Chine. Déjà près de deux ans à m’escrimer avec bonheur pour apprendre sa langue, son écriture et ainsi tenter d’en savoir plus sur la culture de ce monde mal connu parce que si longtemps isolé. Sans trop comprendre pourquoi d’ailleurs; sans en attendre rien de spécial non plus comme des milliers d’autres sinon que d’assouvir une curiosité sincère.
Un élément déterminant pour moi m’a cependant fait venir en Chine: les Jeux Olympiques de Pékin cette année. Pour avoir travaillé aux Olympiques de Montréal en 1976 je sais que ce projet grandiose que sont les Jeux olympiques est toujours chargé de sens et de contresens passionnants. L’événement roi sur la planète spectacle offre toujours une photographie exceptionnelle d’une époque de l’histoire. Ce grand rassemblement sportif, et normalement festif, est toujours accompagné d’un cortège d’événements qui n’ont rien à voir avec le sport mais qui changent souvent la face du monde. (Est-il nécessaire de rappeler les jeux de Berlin peu avant la deuxième guerre mondiale ou le boycott réciproque des jeux russes et américains durant la guerre froide). En fait, je savais que ces jeux chinois seraient exceptionnels à plus d’un titre. Un tournant de l’histoire sans aucun doute…mais qui a tourné court pour tous ceux qui anticipaient d’y être! En effet, voilà qu’à leur approche, tous les aficionados de l’Empire du Milieu se voyaient montrer la sortie. Une législation absurde liée à l’obtention ou la prolongation des visas (qu’on émettait sans problème jusqu’à ce jour) a été mise en place obligeant tous les ressortissants étrangers qui n’ont pas une fonction officielle (où des billets pour les compétitions) de retourner dans leur pays. C’est ainsi qu’on fait le ménage, qu’on exile le temps d’une fête les principaux supporters de la Chine.
Par cette occasion exceptionnelle, mais déjà sérieusement compromise, qu’avait la Chine de montrer son ouverture sur le monde, on comprend un peu mieux maintenant sa très longue mais aussi très pénible histoire faite d’isolement ou d’alliances opportunistes mais peu sincères qui l’ont finalement plutôt desservie. Sa dévorante ambition historique de gloire et de rayonnement risque à nouveau d’échouer spectaculairement. Cet échec, une fois de plus, sera ravalé par une population obéissante et, paradoxalement, trop souvent habituée à perdre la face.
En 2008 à Pékin, « tirer le portrait » des Jeux se fera sans éclairage sinon que par celui d’un mégalo « son et lumière » où les spectateurs n’auront cependant pas droit de regard.
Plusieurs universités de Pékin ont fermé leurs portes avant la fin du calendrier scolaire. Chic! Nous aurons de plus longues vacances, se disaient sans doute les étudiants. En fait, nos universitaires pékinois ont plutôt été fortement invités à faire du bénévolat pour ainsi finaliser le grand toilettage de Pékin. Pour ceux qui ne se sentent pas camarade M. Net? Et bien, on vous invite à retourner dans votre patelin. En ce moment à Pékin, il faut avoir un sacré bon motif pour pouvoir y rester. D’ailleurs, la ville est étrangement calme à quelques jours des jeux. Décidément, ces olympiades ne nous réserveront pas seulement des records sportifs.
crédit photo: Christian Monnet
Lorsque j’étais en Afrique, il y de cela plus de 10 ans, il n’y avait à peu près pas de chinois. Quelques restaurants dans les grandes villes sans plus. A l’heure actuelle, les chinois grossissent les rangs des expatriés à une vitesse fulgurante. Sous couvert d’aide internationale, personne n’est dupe quant aux vrais motifs de la présence chinoise en sol africain: la Chine à besoin de matière première et elle fera tout pour se les procurer. On construit des stades, des routes, des ponts et on signe des accords commerciaux à gogo. Une nouvelle forme de colonisation diront certains. Lors de mon dernier passage au Mali, je fus ainsi étonné de voir apparaître des dizaines de petits restaurants bien singuliers. En effet, ces lieux servent plutôt de maisons de passe que de relais culinaires. Le Mali, pays à très grande majorité musulmane, y trouve son compte. Là ou personne n’oserait ouvrir une échoppe où alcool et prostitution font bon ménage nos amis chinois, peu portés sur la religion, y font des affaires. Et à Pékin maintenant? On ne fait que changer d’enseigne. Si vous voyez dans un “salon de coiffure” quelques filles assises en face d’un minuscule comptoir où trône un peigne et deux bouteilles de shampoing vides, le traitement auquel vous aurez droit ne sera pas capillaire.
Photos: Mon amie Wenjing qui expose au Today Art Museum de Pékin le 29 juillet (voir article précédent)
Avec le retour de l’été, les pékinois arborent de nouvelles tenues vestimentaires. Rien que de plus normal direz-vous. Oui, à quelques détails près pour les yeux d’un occidentaux. Ainsi, par grandes chaleurs notre ami pékinois soulève son T-shirt à mi-ventre pour maximiser l’aération de son abdomen et permettre ainsi, j’imagine, l’abaissement de sa température corporelle. Du côté de notre amie pékinoise, non elle ne soulève pas son t-shirt, mais elle affectionne particulièrement le port des sandales. Seul objet d’étonnement? Elle les porte avec de courts bas nylons diaphanes qui vont, soit jusqu’à la cheville, soit jusqu’à mi-mollet. Si je reste septique quant à l’esthétique du vêtement, un de mes amis est plus catégorique. Il déclare sans ambages : ce sont des « Tue-l’amour ».
Son siège social est à Hong-Kong mais elle vit à Pékin. Elle est espagnole, célibataire et pleine d’énergie. Yoga, danse du ventre, culture physique et virées dans les boîtes de nuit de Pékin à l’occasion. Débarquée en Chine il y a quelques années pour une grosse entreprise américaine dans le secteur de l’énergie elle à décidé de fonder sa propre boite liée aux énergies renouvelables (photovoltaïque, éoliennes, lampes led, etc.). En plus de parler l’espagnol, l’italien, le français et l’anglais elle se débrouille en mandarin. Ouf. Les quelques femmes d’affaires que j’ai rencontrées et qui se débrouillent en Chine présentent pas mal des profils identiques : elles ont de l’énergie à revendre, elles aiment l’argent mais surtout, elles aiment la Chine et les chinois (bien que pour notre espagnole les hommes chinois ne lui disent rien). Il le faut. Tout est très long pour percer en Chine malgré l’illusion que produit la vitesse de leur croissance.
Quand on négocie avec des fournisseurs chinois ont est toujours au moins deux à se présenter. Encore plus lorsqu’on est une femme. Personne n’est disponible pour l’accompagner? Qu’à cela ne tienne. Elle s’envole de Pékin le matin pour se retrouver dans le sud de la chine l’après midi face à face avec des interlocuteurs souvent médusés. La solitude, avoir un compagnon? Elle y pense… pas trop longtemps. Pour les femmes qui aimeraient se lancer dans ce genre d’aventure voici son site web : www.sunylight.com Entre Madrid, Hong-kong et Pékin elle projette de développer son business en Indonésie et au Canada. Femme casanière s’abstenir.

Actuellement « ayi » (nounou) Mme Hong a 50 ans et travaille pour un couple de médecins français. Elle prend soin de leur enfant et habite sous le même toit que ses employeurs.
Femme et santé
En ce moment MmeHong doit payer 70 % de ses soins de santé. A la retraite, ces soins seront pris en charge par l’État. On observe une inégalité de plus en plus marquée en matière de politique de santé publique en fonction des régions, les campagnes étant nettement moins bien nanties en cette matière.
La femme le couple et le mariage
Après 15 ans d’un mariage heureux le mari de Hong perd son travail et la situation du couple se détériore. Alcool et violence conjugale se mettent alors de la partie. Malgré des lois facilitant l’accès au divorce c’est difficilement qu’elle obtiendra le sien. Enfin, le divorce consommé, elle se retrouvera seule pour élever sa fille.
Aujourd’hui, son mari a retrouvé un travail et aimerait renouer avec son ancienne épouse. Celle-ci n’envisage pas de reprendre une vie commune avec lui bien qu’elle se dit prête à l’aider s’il avait des problèmes Actuellement, Hong fréquente un homme de son âge qu’elle a rencontré dans un parc de Beijing. Elle le fréquente lors de ses jours de congés. (Elle dispose à peu près d’une journée et demi par semaine). Cependant, pas question de cohabiter ou de dormir chez lui. Elle tient à son indépendance.
En ce qui concerne sa fille, elle n’aurait pas mis de pression sur elle pour qu’elle se marie. Comme celle-ci aujourd’hui, elle n’avait pas de préférence quant au sexe de son enfant au moment de sa grossesse; elle attend donc avec autant d’impatience une fille ou un garçon pour sa propre fille.
Il faut savoir cependant qu’en Chine on constate un déficit anormal de petite fille à la naissance 118 garçons pour 100 filles alors que la norme est de 105 pour 100. Infanticides, avortements sélectifs, enfants non déclarés participent à l’explication de cette statistique. Toutes les femmes interrogées m’ont indiqué qu’elles n’avaient pas de préférence quant au sexe de leur enfant. Un autre paradoxe chinois ou les statistiques semblent contredire les informations recueillies.
Femme et travail
Comme beaucoup d’autres en Chine, Hong a perdu son travail suite à la fermeture de son usine. Rappelons que les femmes sont le plus souvent les premières à être licenciées dans le cas de rationalisation ou de fermetures d’usine. Hong s’est vite reprise en main et a trouvée d’autres jobs le plus souvent liés à la petite enfance. Son mari n’ayant pas de travail elle a dû prendre à sa charge tous les frais liés à l’éducation de sa fille. Celle-ci terminera finalement ses études dans de bonnes conditions et dispose maintenant d’un travail.
Si certains la regarde de haut concernant le travail d’assistante familiale qu’elle occupe actuellement, Hong, au contraire, trouve ce travail valorisant et estime apprendre beaucoup au contact de ce couple de médecins. Elle pendra sa retraite dans trois ans (vers 55 ans) et disposera de la pension de son ancienne usine ce qui semble lui convenir.
Femme et éducation
Nous avons ici, je crois, un cas représentatif de ce qui se passe souvent en Chine en matière de discrimination. Comme les parents de Hong ne disposaient pas de l’argent nécessaire pour maintenir leurs deux enfants à l’école, le garçon lui a été préféré pour la poursuite de ses études. Mais que faire devant ce dilemme, ai-je demandé? Quant à elle, Hong, aurait dans ce cas de figure, accordé son support à l’enfant le plus méritant. Choix déchirant de toute manière.
Il faut savoir que l’éducation des enfants en Chine engouffre une grosse partie du budget familial. En général, les parents feront tout pour permettre à leurs enfants de parvenir jusqu’à l’université, dont l’accès est strictement contingenté. Quant à Hong, elle a pu, à force de sacrifices, « pousser » sa fille jusqu’aux études supérieures. Celle-ci saura sans doute plus tard lui témoigner sa gratitude puisque les enfants en Chine s’occupent plutôt avec prévenance de leurs vieux parents. Ceux-ci d’ailleurs, co-habitent souvent avec leurs enfants.

Cette date vous dit quelque chose? C’est l’année où les chinois auraient découvert l’Amérique. Ainsi, nos amis de l’empire du milieu, par amiraux eunuques interposés, auraient fait le tour du monde un siècle avant Magellan, découvert l’Amérique 70 ans avant Colomb et l’Australie 350 avant Cook. Incrédule? Allez-y voir.
Gavin Menzies, 1421, L’année où la Chine a découvert l’Amérique, 2004, Éditions Intervalles









