Revoir Paris

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Ça faisait une mèche que je n’y avais pas mis les pieds. Et la dernière fois, j’étais très mal accompagnée. Huit ans plus tard, l’un des plus beaux voyages de ma vie, le plus romantique, ça, c’est certain.
Et revoir Paris, pour moi, c’est retrouver mon enfance, la maternelle où je suis allée, les odeurs, l’accent (je causais le titi parisien à deux ans), la baguette coupée en deux, beurrée et saupoudrée de sucre à l’heure de la collation. Dans ce musée à ciel ouvert, le ravissement fait partie du voyage.

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Et c’est Gregory qui doit être ravi de voir sa gueule sur les colonnes Morris. Juste à côté d’une belle de Chanel, dans le 16e.

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Des fiançailles, ça se souligne aux bulles. Et une nouveauté littéraire de la saison. Comparable à “L’élégance du hérisson”, dit-on. Je n’ai pas encore eu le temps de l’ouvrir.

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La preuve ultime. On célèbre ses 120 ans cette année. Lightshow chaque soir. C’est ici!

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Des dandys du 16e, redingote, foulard de soie, se prêtent gentiment au regard (le mien). Ils ne m’ont pas crue lorsque je leur ai dit que j’étais journaliste. Des Québécois fringués comme ça passent pour gays chez nous. Eux, pas. Trop manucurés pour mon goût mais j’apprécie le look. Et l’effort.

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Miro et une eau minérale, en attendant la soupe gratinée à l’oignon. Lecture délicieuse.

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Tableau réconfortant.Crêpe au Nutella ou à la crème de marrons. Des images qui perdurent dans l’imaginaire des enfants.

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Les mois en “R”. Les ouvreurs sur le boulevard.

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Moi, la buveuse de thé, je n’y étais jamais allée. Chez Mariage Frères, dans le Marais. La petite caissière dans sa cage de verre, depuis 1854.

Bon, on reprend ça plus tard, c’est l’heure du thé, justement.

Récupération politique?

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J’en doute.

“Chaque jour, des gens tombent malades et meurent. C’est triste, mais ce n’est pas une urgence [...] Personne ne s’en souviendra dans trois mois. » (L’ancien directeur de campagne de Stephen Harper, Tom Flanagan, émission « Power and Politics » sur CBC, le 3 novembre 2009)

Chantal Hébert en a parlé ce matin à Radio-Canada comme d’une véritable bombe à retardement pour le gouvernement conservateur si jamais le virus gagnait la course contre la vaccination. Apparemment, les conservateurs ne croyaient pas à la sévérité de la pandémie, un vaste complot ourdi par l’association médicale canadienne et le lobby des pharmaceutiques. Et voilà pourquoi nous n’avons pas été vaccinés en septembre.

Mais si on se réfère aux récentes élections municipales, il en faudra probablement davantage pour que le gouvernement Harper ne soit pas réélu. Comme dit Flanagan, personne ne s’en souviendra dans trois mois.

Cela dit…

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On ne cocoonera pas idiot. Oh que non (comme dit fiston)!

La bonne nouvelle du jour! Bravo Dany!

Cocooning

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Les photos de Paris? Je les ai prises en pensant à vous et je n’ai pas eu le temps de les regarder en souriant. Pas envie non plus. Plus tard… Demain.

Pour l’heure, j’ai l’impression de nager dans le Purell. J’ai refusé d’envoyer mon fils en sortie pédagogique aujourd’hui because la H1N1. Elle est débarquée dans plusieurs écoles. Son père et moi jonglons avec l’idée du retrait préventif. J’ai annulé TOUTES mes sorties, y compris le spectacle de Sutra ce soir à la PDA, des moines bouddhistes maîtres kung-fu dans un ballet très spécial que je me faisais une joie d’aller voir avec mon maître ceinture noire à mes côtés.

Dès mon retour, je me suis procurée des masques, des gants de latex, j’ai rempli le frigo, fait provision de Tylenol et de Kleenex, de soupe Lipton (la seule que j’arrive à manger lorsque je suis malade). Nous avons établi un plan avec le père de mon fils, mon fiancé. Nous sommes sur le pied d’alerte et n’attendrons pas que ce gouvernement à la con décide pour nous ce qu’il faut faire en cas de pandémie. Au Mexique, on avait appliqué la loi du couvre-feu et du “restez chez vous”. Cocooning d’ordonnance.

Voici ce qu’on pratique comme mesures d’hygiène dans les écoles ontariennes:

Chaque enfant doit apporter sa boite de serviettes Lysol pour laver son pupitre, sa chaise et son matériel scolaire à tous les jours, en plus de laver la poignée de porte de la classe! De plus, les élèves ont leurs propres bouteilles de désinfectant pour les mains dont ils se servent en rentrant et en sortant de la classe, en plus de les utiliser avant les lunchs et les collations. Certaines écoles ont annulé toutes les sorties parascolaires jusqu’à Noël.

Et voici le meilleur guide que j’ai trouvé, pas mal meilleur que le guide auto-soins qui nous a été envoyé par la poste par les autorités de santé publique.

Les coûts économiques s’avérant élevés, il faudra beaucoup de petites victimes avant que le gouvernement ne décrète la fermeture des écoles. Je n’attendrai pas jusque là. Et comme ils nous administrent les vaccins après le sommet de la vague de contagion…

Et vous? Paranos, insouciants ou simplement casaniers qui novembrent?

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Dans l’avion vers Paris… je suis méconnaissable.

Ils étaient quatre

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Lorsque mon père parlait de ses “fréééres”, le mot seul suffisait à vous faire comprendre les liens du sang. Blood is thicker than water. C’était le clan, la mafia, les quatre frères Blanchette. Ils devaient faire peur à l’école quand l’un d’entre eux disait “Attends que mes fréééres te pognent”. Une part d’Irlande, l’autre de Gaspésie, ça suffisait à en faire des hommes solides et trapus, bâtis pour la grosse ouvrage et les batailles qui se règlent à coups de poings quand la “menteuse” ne suffisait plus.

Mes oncles sont toujours venus par trois. Je ne les ai pratiquement pas connus séparément. Peu importe les occasions, le mot fraternité n’a jamais eu autant de valeur à mes yeux qu’en les regardant. De toutes les images qui ont accompagné le décès de mon père, celle de ses trois frères et de son père entourant son cercueil ne me sortira jamais de la tête. Ils étaient là, à lui faire des adieux muets, aimants, respectueux. Leur aîné venait de les quitter et ils témoignaient dans toute leur attitude un peu rigide, coincés dans leurs complets, d’une enfance rieuse, d’une adolescence pleine de coups pendables, des passages à la vie adulte, et de tout ce sang versé dont leur fraternité était tatouée.

Car, chez les Blanchette, la chasse est une institution, un rite initiatique. Depuis qu’ils avaient l’âge de tirer à la carabine à plombs, les quatre frères n’ont jamais raté une seule saison de chasse avec leur père. Petite, je les entendais bardasser, chaque fin de semaine de novembre, vers 5h du matin, la maison de campagne embaûmant le café et les bines au lard de mon grand-père Alban. J’aimais les écouter se préparer pour la chasse, renifler ce monde d’hommes, de barbe drue et d’odeurs terreuses auquel je n’avais pas accès. J’aimais les voir rentrer affamés vers 11h, puant la sueur et le sang, joyeux ou déprimés, porteurs du mystère de la forêt et d’une charge qui incombe aux hommes depuis que l’humanité existe: tuer pour manger.

Mon grand-père les a suivis à la chasse même avec une canne et le dentier “slaque”. Mon père était de la dernière chasse aussi, sans savoir que c’était la dernière. Mon oncle Pierrôt, a tenu à accompagner ses “frééééres” il y a dix jours, à l’orignal, chez lui en Gaspésie. Au bout de ses forces, au bout du cancer, il a remercié ses frères plusieurs fois pour cette dernière virée même s’il n’avait plus la force de tenir une carabine ou de conduire son quatre roues, ni même d’aller “aux sels” (vérifier les cubes de sels destinés au gibier). Chez les Blanchette, si tu n’es pas à la chasse, c’est que tu as passé l’arme à gauche.

Aujourd’hui, fête des morts, lendemain de la Toussaint, je m’en vais assister aux funérailles d’un oncle, mais aussi dire adieu au “frééére” de mon père. Et serrer très fort les deux seuls qui restent. Je les sais orphelins.

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Au père Lachaise, quelques minutes avant d’apprendre la mort de mon oncle.