Feindre l’orgasme intelligemment
Générale 21 janvier 2008 11:14En fin de semaine, un scénariste m’a touillée comme une laitue au sujet de l’intelligence, sujet qui sera le personnage principal d’une série télé, si j’ai bien compris. De la télé intelligente, si vous voyez. J’ai rougi comme une pivoine chaque fois que monsieur le scénariste me disait: “Est-ce que ça te pose un problème d’être intelligente?“.
D’abord il présumait que je l’étais, c’est assez pour rougir; et puis ensuite, ça me pose un problème, sinon deux. Ça ne fait pas si longtemps qu’on accorde aux femmes le droit d’être intelligentes, à peu près comme le droit de vote. Mais contrairement au droit de vote, on leur fait payer cher. Nous en avons parlé durant deux heures. Les tenants et les aboutissants de l’intelligence. Le dumbing down (ou l’abêtissement volontaire) qui, comme l’orgasme feint, m’échappe totalement. Feindre l’extase, mais pourquoi donc? Les mecs (pas les miens), m’ont toujours dit qu’ils s’en rendaient compte.
Je suis loin d’être une spécialiste (en orgasme et en intelligence), aussi j’ai référé le scénariste à mon oncle, chercheur spécialisé en douance qui ne doit jamais feindre l’orgasme, j’en suis à peu près certaine.
À quoi reconnaît-on quelqu’un d’intelligent? À sa capacité de faire des liens, de “voir”, à une étincelle dans le regard ou un sens de la répartie aiguisé, à une sensibilité paranormale qui rend l’homme semblable à la larme.
Le scénariste m’a demandé de lui nommer des artistes que je trouvais intelligents. Je ne suis jamais bonne à ce jeu. Le nom de Gregory Charles m’est venu. Celui de Marc Labrèche aurait pu tout aussi bien émerger.
Ses 3600 secondes d’extase m’ont séduite (et même plus mais la décence m’empêche d’aller plus loin) même si, parfois, il peut feindre l’orgasme. Marc Labrèche le fait avec style. Et le style, ça ajoute à l’intelligence. Ça lui permet de passer la rampe et de se frayer un chemin dans les salons de la populace en pré-coma hivernal. Être capable de dire: “Avec des sourcils comme ça, t’as pas besoin d’organes génitaux“, sans rire, et en se faisant swingner le sourcil dans un cha-cha évocateur, faut être diablement intelligent. Et l’intelligence mène à l’extase, c’est bien connu.
Nous servir du Jean-Luc Mongrain meilleur que l’original, c’est un appel au second degré, à l’humour, sans lequel l’intelligence ne peut survivre. Bon, on a retrouvé “La fin du monde est à 7 heures” avec ses collabos (mon cousin Blanchet) et l’inénarrable Paul Houde.
Je veux bien feindre l’orgasme pendant 3000 secondes s’ils me promettent un 600 secondes d’extase.


Annick Gauvreau a écrit :
21 janvier 2008 à 11:50
Les gens disent: ”Il est intelligent” parce que vous êtes de leur avis.(Vallès)
J’aurais bien aimé que cette phrase fut de moi, je la trouve intelligemment intelligente.
Intellex a écrit :
21 janvier 2008 à 11:54
Quelle expression magnifique : “une sensibilité paranormale qui rend l’homme semblable à la larme”. À me souvenir, quand le petit dernier demandera si c’est le “chiffre” du Q.I. qui fait le génie…
Denis T. a écrit :
21 janvier 2008 à 13:05
L’intelligence ne peut survivre également sans affection, sans un environnement qui procure sécurité et estime de soi. On le voit avec la petite enfance. Un enfant qui a grandi avec l’assurance de l’amour de ses parents va être capable de déployer toutes les ressources de son intelligence quand il accèdera, à son tour, aux sphères de la pensée abstraite et conceptuelle. Il pourra se ‘lancer’ dans le vide sans craindre de s’y perdre. Un peu comme quand on associe deux mots qui ne vont pas nécessairement ensemble mais qui se trouvent éclairés d’une façon nouvelle par ce lien inédit et non prévu. Les artistes et les musiciens excellent en ce domaine, habitués qu’ils sont de mettre en forme les sentiments qui les habitent. L’humour est un terrain extraordinaire pour faire droit aux poids des mots, l’odeur des choses. De même que la poésie.
Gabrielle a écrit :
21 janvier 2008 à 14:08
Si je comprends bien, il va lui faire danser le tango à son personnage principal…
Annick Gauvreau a écrit :
21 janvier 2008 à 14:53
@ Denis: ”être capable de déployer toutes les ressources de son intelligence quand il accèdera, à son tour, aux sphères de la pensée abstraite et conceptuelle.”
Dans plusieurs domaines, j’avais de la difficulté comme il m’arrive encore parfois aujourd’hui à dire de que j’avais saisi.
Il y a deux ans on m’a répondu alors que j’expliquais à mon interlocuteur cet obstacle à la communication : L’important, c’est d’avoir compris. Lorsque vient le temps de transmettre à d’autres, si la conceptualisation formelle n’est toujours pas là, le langage poétique peut s’y substituer et souvent avec beaucoup plus d’efficacité.
Cette réponse m’a encouragée à risquer davantage l’expression de mes perceptions par le biais de mes facultés créatives.
Votre commentaire me touche particulièrement. Je vous en remercie.
joblo a écrit :
21 janvier 2008 à 14:56
Annick: C’est tellement vrai. Cette autre de Frédéric Dard: “Mais si, il y a une justice, parce que les cons ont l’air con”.
Intellex: Le Q.I, paraît que c’est dépassé…
Denis: oui, les conditions gagnantes, ça peut toujours aider. Mais ne sous-estimons pas la résilience.
Gab: On voit bien que je ne suis pas dans Mensa, jamais l’idée ne m’aurait effleuré l’esprit. Vous avez beaucoup d’imagination, un signe d’intelligence!
ymarcoux a écrit :
21 janvier 2008 à 15:04
Il y a trente ans, on définissait l’intelligence en l’associant au QI, c-à-d à la capacité de résoudre des problèmes. Aujourd’hui, la principale qualité que les employeurs recherchent est “l’intelligence émotionnelle”, soit la capacité de réguler ses émotions et celles des autres. Et, pour ce faire, l’individu doit être capable de se mettre à la place des autres. Ce qui est plutôt rare, car elle exige une grande capacité d’écoute et d’empathie.
P.S: Sur ce plan, vous êtes pas trop pire, Josée. Car vous avez souvent pris la peine de m’expliquer non seulement ce que les autres pensaient, mais ce qu’ils ressentaient également. Thanks a lot.
benoit a écrit :
21 janvier 2008 à 17:06
Pour ce qui est de Labrèche, c’est l’impression que j’avais aussi, 600 secondes d’extase réparties sur un (longue) heure. Ça gagnerais (mon approbation) à être condensé. Si je n’étais pas aussi pissous j’ajouterais que l’icône devrais élargir un peu son registre. Je ne le ferai pas, je suis un fan.^
Pour ce qui est de l’intelligence, le dumbling down ne vous est pas réservé chères dames, je le pratique moi-même assidument!
Denis T. a écrit :
21 janvier 2008 à 18:02
Résilience. Évidemment. Car sans cela, il n’y aurait que les culs bénis qui iraient au paradis! Non, entre liberté et déterminisme, c’est liberté qu’il faut choisir. Pas de doute.
Lalouve a écrit :
21 janvier 2008 à 18:41
C’est vrai que la capacité de vivacité d’un cerveau est pire qu’un élixir de sorcière pour tomber sous le charme d’un humain.
Je parle pour moi.
J’abonde dans votre sens. Marc Labrèche peut se permettre quelques affaires moins bonnes dans une heure d’émission (quoi que le ratio bon/ordinaire dépassait et de loin pas mal de choses vues récemment) il y a eu des moments de jouissance cérébrale pure.
Et partagés avec des acolytes pas tenus dans l’ombre, mis en valeurs et magnifiés. Paul Houde et le bulletin météo de sa vie perso, par exemple.
Je ferais pas la fine bouche, j’en veux d’autres, pis d’autres encore, point.
Denis T. a écrit :
21 janvier 2008 à 20:53
Petite montée de lait ici. Mais Josée, est-ce qu’on aurait demandé la même chose à Labrèche, côté intelligence?
Comment elle s’appelle, l’autre qui chantait, je pastiche, la française,”pourquoi tu me trouves intelligente, comme si ça se voyait pas?”
La question incidente que soulève ce billet c’est que plusieurs hommes ont des problèmes à ce qu’une femme soit plus intelligente qu’eux. Et ici je n’ajoute pas de féminin pour alléger le texte
Pourtant, l’évidence crève les yeux. Je le dis sans flagornerie. Alors c’est quoi le problème?
Annie G. a écrit :
21 janvier 2008 à 22:09
Chère Josée, vous avez écrit un article qui portait sensiblement sur le même sujet dans le Châtelaine de novembre ou décembre (si je me rapelle bien). Est-ce possible de me l’envoyer? Votre billet m’y fait penser et j’aimerais beaucoup pouvoir le lire encore une fois, car je l’avais trouvé très pertinent. Merci!
Miss Météo :: 60% montée de lait :: January :: 2008 (Pingback) a écrit :
22 janvier 2008 à 17:25
[...] fait rougir, alors que maîtresse du sexe fait sourire? Moi ça me fait brailler. Comment on peut [...]