Think big, stie
Générale 27 septembre 2009 5:31Pierre Falardeau était mon “voisin” à la campagne. On fréquentait la même quincaillerie.
Il était beaucoup moins bourru en personne que son personnage. Mais j’aimais les deux. Je l’ai connu sur la route de Dunkin puis à la TDLG où il était passé par-dessus le fait que j’étais une (sale) journaliste. Finalement, il s’était même excusé de propos qu’il avait tenus à mon sujet, comme un ti-cul qui se regarde le bout des soulierrs. Il aimait les bourgeoises (même s’il s’en défendait), surtout lorsqu’elles étaient intelligentes et drôles. Un homme du monde, m’a déjà dit une amie qui l’a bien connu.
Son bagou va me manquer. Sa façon d’appeler un chat un chat et de grimper dans les rideaux aussi. Il était profondément québécois et humain. Fuck. Si Elvis n’est pas mort, je ne sais pas si Elvis Gratton et son think big, stie, va lui survivre. Et le temps des bouffons, qui le dénoncera désormais?
Comme me l’a écrit Clo, fondatrice de la TDLG.: “Pendant qu’une jeune femme se donne la mort, lui, il se battait pour vivre“. Falardeau mordait dans la vie et n’était à la solde de personne. Mes condoléances à tous ceux qui le perdent comme ami et particulièrement à Manon, sa conjointe, et Jérémie, leur fils.

ps: l’excellent texte posthume de son ami Jean-François Nadeau, un collègue au Devoir.


Ginger a écrit :
27 septembre 2009 à 21:45
SALUT FALARDEAU!
Ce long et sec corps capricornien, pourvu d’une âme indépendante uranienne et d’un esprit visionnaire sagittairien, ce risque-tout, rebelle, juif errant, sympathisant palestinien, fou du roi, s’est incarné, saturé de lumière et sous l’emprise d’un esprit critique, constamment prêt à combattre les théories établies, à partir en guerre contre toute la bouffonnerie de l’élite politique.
Batailleur, pourfendeur de la vérité avec un grand V, ce dépossédé s’est trouvé aux prises avec la confrontation de ses idées et de ses croyances avec les normes sociales et les autorités publiques.
Il a affronté courageusement ses drames intérieurs et a reconstruit sa personnalité maintes fois effondrée en empruntant le chemin de la remise en question quotidienne.
Il s’est engagé dans un sentier escarpé et audacieux, il s’est tenu au bord du précipice, parfois immobilisé, souvent paralysé par les actions des bouffons, mais toujours sur le qui-vive, regardant le sort en face, cherchant l’astuce pour abattre l’ennemi au bon moment.
Le pardon des offenses, il l’a exercé en foulant aux pieds l’emblème des colonisés
Aurait-il su maîtriser ses inconforts, ses rébellions, ses tendances révolutionnaires qui l’ont conduit à des expériences extrêmes, cela l’aurait obligé à changer tragiquement son système de valeurs, mais lui aurait garanti un peu plus de sérénité.
Enchaîné à ses idées révolutionnaires, enclin à une forte brusquerie de langage, ce pèlerin de l’inaccessible rêve, emprisonné dans le carcan du corps, s’est délivré de ses chaînes.
Il a livré à ses démons et à nos illusions un combat sans merci, nous révélant des pistes inexplorées sur le chemin de la conquête de soi en nous transmettant le flambeau de la victoire.
Je l’aimais!
p.s. Son site donne comme d.d.n. 28/12/1946 ce qui lui attribue
le Soleil en Capricorne, la Lune en Verseau (Uranien comme Sarko), et Mercure en Sagittaire.
Sorry, I can’t help!
Mirkania Ciorra a écrit :
28 septembre 2009 à 2:30
Josée,
J’adorais cet homme totalement, en entier, tel quel…
Vous savez, il avait écrit une lettre à son fils en lui disant ” je veux que tu saches que ton père s’est toujours battu et n’a jamais baissé les bras ” Je n’ai pas les mots exacts… mais c’était l’essence du message.
Il avait déjà perdu un rein en revenant de la traversée TDLG, on lui a annoncé qu’il y avait un problème, il a dit ” bon, j’en ai un autre ça va aller “. Durant la même entrevue, il répond ; ” ma plus grande fierté : mes 3 enfants, 2 filles et Jérémy, ainsi que mon film Octobre , j’ai véritablement fait le film que je voulais faire..
S’ils ne veulent plus que j’en fasse, c’est correct, j’ai fait ce qui me tenait le plus à coeur “.
Ce qui me chagrine est qu’il a grandi dans la pauvreté , il a vécu dans cette pauvreté et il meurt dans la pauvreté.
Je me console avec cette maxime : À l’avare tout manque, au pauvre peu, au sage rien..Mirka
Marie a écrit :
28 septembre 2009 à 6:14
Merci monsieur Falardeau, d’avoir été, merci aussi d’avoir allumé la lumière avant de quitter la pièce, j’espère seulement que personne ne la laissera s’éteindre.
Crispi a écrit :
28 septembre 2009 à 7:46
Je l’ai croisé aussi, à la même campagne. Et t’as raison : aucun rapport avec le gars des vues….
ymarcoux a écrit :
28 septembre 2009 à 15:08
Monsieur Falardeau avait vertement insulté la mémoire de Claude Ryan, lorsque ce dernier est mort du cancer en 2004. Ce qui lui avait alors valu la désapprobation des politiciens de tous les partis d’alors. Il a la chance qu’on ne retienne de lui, aujourd’hui, que son courage et sa grande combativité.
Lalouve a écrit :
28 septembre 2009 à 19:03
C’est étrange tout de même. Deux grandes icônes dans un registre qui leur appartenaient en propre disparaissent à quelques jours d’intervalle. Un créneau plus grand que nature que seuls eux-mêmes et aucun(e) autre ne savait, ne saurait habiter avec autant de vérité crue livrée au monde et sans mensonge de complaisance.
C’est justement le moment que j’avais choisi pour me couper du monde électronique pour faire une retraite de solitude techno-indépendante. Même le téléphone a été banni. Donc incapable de réponse sur le vif, mais prête comme une grosse éponge gloutonne à lire tout ce que les journaux en disaient dans le grand silence.
Je voudrais jouer le jeu de la blogueuse tête brûlée cette fois Josée. Lu ce soirs vos deux billets à leur endroit sans chercher à retenir, pas lu les commentaires encore . Envie d’une pirouette sans filet.
Deux monstres sacrés dont la personnalité m’a plongée bien souvent dans une totale ambiguïté de sentiments estime-répulsion à leur égard. Je n’irais pas m’épancher maintenant sur l’ambiguïté en question tant c’est un propos inutile aujourd’hui, trop arrimé à des sentiments trop personnels; et surtout hors sujet pour leurs vivants qui les accompagnèrent avec une fidélité indéfectible et doivent composer avec l’après de cette perte immense, cruelle.
Mais en faisant mention à cette notion d’ambiguïté, j’en arrive au principal: l’admiration que j’ai eu pour eux deux.. Cet amour si aigu de la vérité de l’âme, au risque de perdre de vue la nécessité du corps. Ma tête a souvent débarqué devant l’énormité de leurs propos, mais mon cœur m’a suggéré souvent de lâcher prise devant cette profession de foi que tant d’humains ne savent pas assumer mais qu’ils avaient embrassé sans concessions : « je ne sais vivre autrement que dans l’adhésion totale à mes convictions intimes»
Certains diront que Fallardeau avait peut-être un chemin plus clairement tracé à ce propos. Vu de loin, je ne mettrai pas dans la balance la fatalité de la maladie avec le choix du geste qui consiste à se l’ôter. Ou bedon la valeur du propos militant avec les états d’âme qui se marient aux choses de la chair. Tout se tient finalement…
Il y a eu un départ définitif de ce monde pour chacun, des deuils innommables à vivre pour leurs proches. Des questions enrageantes pour les plus éloignés de leur monde intime dont nous sommes mais qui par leur engagement ont pu nous amener à repenser notre condition de mortels quand on ne se souhaite ni métronomes, ni robots, ni fonctionnaires de la vie.
Pour tout cet héritage précieux, merci Nelly et Pierre.
Je me permets une fantaisie en plus et c’est la première et dernière du genre tellement le registre m’intéresse peu: un film de série B full Bollywood où ils se rencontreraient sur un nuage-boudoir conversant tranquillement. « L’amour, l’engagement, le cul, la mort, la vie » qu’en pensez-vous les vivants ?
Regor a écrit :
28 septembre 2009 à 20:49
Fuck que le monde est lèche cul qu’il dirait lui-même aujourd’hui !!
S’il avait voulu les honneurs ,il serait allé les chercher
joblo a écrit :
29 septembre 2009 à 10:54
Ginger: on vous pardonne…
Mirkania: très jolie maxime. À retenir.
Marie: je crois que le moule est cassé.
Crispie: un gars de la ville en salopette.
M. Marcoux: De ce que je peux voir, notamment sur le site où l’on peut lui rendre des hommages posthumes, certains ne se gênent pas pour cracher sur sa tombe.
Lalouve: très juste, très beau. Merci. Welcome back tabarnak (comme dirait Elvis).
Regor: y’a pas d’honneurs, seulement un gars qui n’était souvent connu que pour ses coups de gueule.