Archives de : septembre, 2009

Anaximandre prise 2

Générale 18 Commentaires »

Il vous manquait peut-être un élément important dans cette histoire. Le retardataire (et sa suite) est connu, respecté dans certains milieux, une personnalité publique quoi! Et à qui on ne peut reprocher son manque d’engagement, de surcroît. Le genre de gauche dont se moque Luchini (j’y reviens, il m’a marquée!) tout du long de son spectacle. La gauche peut tout se permetre car elle n’est pas de droite. Z’avez remarqué?

Je me demandais hier soir si vos réactions auraient été les mêmes ou la peine adoucie si vous aviez su de qui il s’agissait. Bref, modèle-t-on notre conscience et notre morale selon qui est fautif? Dans ce cas-ci, semble bien que ce soit moi la fautive, de toute façon… Je demande votre clémence même si je ne suis pas une vraie star.

L’affaire Polanski éveille de vieux démons à ce propos. Deux poids-deux mesure pour la justice? Ou tout simplement une autre façon de voir les choses 30 ans plus tard? À ce sujet, l’excellent papier ce matin de mon collègue Stéphane Baillargeon. À méditer.

Peut-être qu’un jour, traitera-t-on les retardataires comme des pédophiles, qui sait? Sauf si ce sont des vedettes, bien sûr.

Anaximandre pour excuse

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Si y’a un endroit où je suis plutôt tranchante, c’est sur la question des retards. Je sais, nous n’avons pas tous les mêmes vues sur la question. D’ailleurs, Luchini en parlait dans son spectacle, mimant les trois phases de l’attente: l’inquiétude puis la colère, puis le soulagement lorsque le retardataire daigne enfin apparaître. Soit. Moi, il m’arrive que je sois soulagée qu’il n’apparaisse pas. J’ai perdu l’élan.

J’attendais un couple d’amis très occupés, très sollicités et très en retard (chronique) et sa marmaille au chalet récemment. Nous étions en compagnie de Jony, sa blonde et sa guitare. Le bouilli de Jony était excellent (il ajoute du jus de mangues au bouillon, le tricheur), les enfants se pourléchaient les babines devant ma tarte aux bleuets du Lac (bleuets, sucre, farine, pâte à tarte, c’est tout), et on reprenait la chanson des tortues tous en choeur. Un feu dans la cheminée, une grappa, un Bailey’s, rien que du bonheur tranquille. Nous n’attendions plus personne…

Le téléphone sonne à 21h30.

-C’est nous! On est à la porte!

- Vous êtes arrivés? Où ça? Mais je ne vois rien, dis-je.

- Non, on est à Montréal, on part.

- Vous partez? Euh… (je calcule mentale ferme, 1h30 de route ,plus la noirceur, plus les chevreuils qu’il faut éviter, plus on se trompe une fois de chemin, ils ne sont pas là avant minuit s’ils partent vraiment tout de suite). C’est qu’on ne vous attendait plus. Je vais me coucher bientôt, on fait la vaisselle…

- Et les autres, ils vont se coucher aussi?, demande mon interlocutrice.

Les autres ont signifié que c’était plus la peine. Ouf. Je suis une hôtesse tout à fait déplorable, je sais. On a continué à chanter et siroter la grappa/Bailey’s, bercés par une toute autre énergie. J’avais pas envie de m’extirper de cette douce torpeur pour accueillir cinq citadins stressés.

Voici ce que le (les) retardataire m’a écrit pour se faire pardonner. Vous me direz ce que vous en pensez…

“D’abord merci pour cette jolie invitation. Ce n’est pas faute de bonne volonté, mais nous nous sommes donc finalement manqués…
Je vais essayer de m’expliquer d’une manière qui soit à ta hauteur mais tout en restant le plus détaché possible de la réalité anodine de ce rendez-vous familial raté. Mon explication est à mon image. Ce n’est pas une leçon. C’est mon explication.

Ce que nous avons raté, c’est le temps. Nous n’en avons pas manqué, nous l’avons raté. Le temps, le temps! Cette cruelle chose qui nous échappe inexorablement. Le seul remède qu’Anaximandre le milésien y ait trouvé c’est la patience. Le temps ramène la réalité de chaque être et de chaque chose à ses limites. Le retard est une de ces limites. Seulement une…

Anaximandre - que j’ai découvert un jour, quand j’essayais de fuir mes lectures obligées pour mes examens de physique à la maitrise, et alors que je manquais cruellement de temps - et bien ce bougre de philosophe grec m’a convaincu que la patience est la seule antidote véritable au temps. Pas l’immobilité, pas l’ennui ni le mauvais sang. Pas la rage ou l’agitation non plus. Juste la patience qui est un formidable influx de vigueur et de tendresse de l’être qui ose dire non à l’affolante pression de la marche de l’univers.

C’est peut-être cette patience que Rimbaud avait découvert: “Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes”. Et toi tu es plus ardente que patience. Ça choque bien sûr des fois, mais c’est toujours beau et fascinant. De toute façon tu as sans doute raison de te choquer. C’est pour ça que je vais te sacrer patience.”

C’est drôle, j’ai encore l’impression que c’est de ma faute. Heureusement que je ne suis pas fâchée, c’est l’avantage de mettre ses limites, on s’évite beaucoup de frustrations. Par contre, j’avoue, Anaximandre et Rimbaud dans le même courriel, ça en jette (sans compter le temps précieux pour composer une telle lettre).

Mais je préfère encore une boîte de chocolats.

Think big, stie

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Pierre Falardeau était mon “voisin” à la campagne. On fréquentait la même quincaillerie.

Il était beaucoup moins bourru en personne que son personnage. Mais j’aimais les deux. Je l’ai connu sur la route de Dunkin puis à la TDLG où il était passé par-dessus le fait que j’étais une (sale) journaliste. Finalement, il s’était même excusé de propos qu’il avait tenus à mon sujet, comme un ti-cul qui se regarde le bout des soulierrs. Il aimait les bourgeoises (même s’il s’en défendait), surtout lorsqu’elles étaient intelligentes et drôles. Un homme du monde, m’a déjà dit une amie qui l’a bien connu.

Son bagou va me manquer. Sa façon d’appeler un chat un chat et de grimper dans les rideaux aussi. Il était profondément québécois et humain. Fuck. Si Elvis n’est pas mort, je ne sais pas si Elvis Gratton et son think big, stie, va lui survivre. Et le temps des bouffons, qui le dénoncera désormais?

Comme me l’a écrit Clo, fondatrice de la TDLG.: “Pendant qu’une jeune femme se donne la mort, lui, il se battait pour vivre“. Falardeau mordait dans la vie et n’était à la solde de personne. Mes condoléances à tous ceux qui le perdent comme ami et particulièrement à Manon, sa conjointe, et Jérémie, leur fils.

ps: l’excellent texte posthume de son ami Jean-François Nadeau, un collègue au Devoir.

Nelly pour toujours

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Nous n’étions pas amies, loin s’en faut. Nous n’avions rien en commun si ce n’est la blondeur, une propension à parler cul (je suis un modèle victorien à côté, mais bon). La nouvelle de sa mort ce matin, sans explications (on devine un peu à 36 ans de quoi on peut mourir quand on a lu Arcan), nous laisse pantois, sans voix.

Qu’on aime ou pas le style Nelly Arcan, la liberté n’est jamais chose gagnée d’avance, surtout pour une femme. S’afficher en putain ou en folle, jouer avec les démons sociaux, peut être un signe de lucidité (la lucidité est la blessure la plus proche du soleil, me répète souvent madame Languirand- c’est de René Char). Cela peut aussi être un arrêt de mort.

“Ce que j’écris, ce n’est pas seulement ma vie… je ne me dévoile pas tant que cela. Ma vie à moi, je la garde pour moi.”, disait-elle à la sortie de “Folle”.

La reine de l’autofiction s’était détournée du genre ces dernières années mais son aura provocante la poursuivait. J’ai pensé à Marilyn (j’écoute Mad Men en ce moment et j’en suis à l’épisode de son suicide), j’ai pensé qu’il est difficile de vieillir tout en portant sa légende sur ses épaules, j’ai pensé à toutes sortes de trucs comme “les femmes vont encore prendre leur trou en se disant qu’il vaut mieux être vierge ou maman que putain et célibataire.”

Mais au final, je n’éprouve qu’une grande peine. Peut-on vivre sa vérité jusqu’au bout lorsqu’on est “différente”? Pas sûre.

Photo: Yves Barrière

ps: une lettre de l’ex très touchante…

Good doc-Bad doc

Générale 4 Commentaires »

Y’a le bon docteur, qui vous écoute, tend l’oreille et essaie d’entendre ce que vous ne dites pas. Il explore avec vous et il vous explique le reste.

Et y’a le mauvais qui passe le plus de clients possibles en une heure. Ce matin, j’avais un spécimen du genre au bout du fil. Cassante, froide, expéditive et… efficace. Je l’ai déjà observée travailler dans son petit tailleur très Chanel et ses souliers très Outremont dans une clinique pédiatrique. Pas le genre à s’agenouiller avec les enfants, mettons. Sa secrétaire prétend qu’elle est TOUJOURS à l’heure. M’en direz tant. Je crois que, finalement, je préfère attendre un peu. Des fois qu’on ne serait pas tous coulés dans le même moule.

Certains médecins ne peuvent pas s’empêcher de se livrer à un jeu de pouvoir, c’est d’ailleurs ce qui les rend si détestables. Vous lirez Martin Winckler (alias docteur Marc Zaffran) à ce sujet. Il questionne la notion d’éthique sur son blogue, cette semaine, et se demande si patients et médecins son égaux. Et dans son dernier livre, Le choeur des femmes (il a aussi écrit La maladie de Sachs), il dénonce cette médecine de vedettes et de demi-dieux.

N’empêche. Le dernier spécialiste que j’ai visité au début de l’été, j’ai failli tourner les talons après trois questions. Il me prenait de haut, de très haut même. “C’est pas une tendinite, c’est une tendinose!” Même ma régulière (ma généraliste) n’avait jamais entendu parler de la nuance, c’est dire!

J’ai désamorcé cette rencontre désagréable (le ton, les soupirs, l’impression qu’un très grand professeur se penche sur ma copie barbouillée) par l’humour et en mentionnant au passage que mon père avait été médecin. J’avais pas le choix papa, excuse-moi de te faire travailler encore!

Finalement, j’ai fait rire le docteur spécialiste des causes perdues (alleluïa, Allah est grand, je ne boirai pas de tout le Ramadan, poil aux dents) et il ne me lâchait plus, me posant mille questions sur mon boulot et Le Devoir auquel ses parents sont abonnés. En le quittant, j’ai balancé en souriant “Au plaisir de ne jamais vous revoir, docteur“. Pour une fois, j’étais sérieuse.